Introduction

Il semble que même les autorités ne sont pas satisfaites avec la traçabilité de nombreux produits vendus sur le marché, y compris ce que nous proposent certains fast-foods.

Moins rigoureux, sinon insouciants, des consommateurs accordent trop souvent le bénéfice du doute aux commerçants et autres vendeurs de nourriture. On prend pour argent comptant que tout est propre, sain et pur. Et halal. Des fois, notre vitesse d’accepter ce qu’on nous vend augmente avec la baisse des prix.

Il est temps que le Gouvernement intervienne, comme au Singapour, afin que les étiquettes ‘halal’ ne soient utilisées que sous strict contrôle. Il faut mettre en place un système de contrôle de qualité. Il convient de protéger les consommateurs.

Et ce qu’il faut surtout se dire c’est que le logo ‘halal’ ne s’arrête pas à rite. Comment a été élevé l’animal ? Comment a-t-il été nourri ? Comment l’a-t-on traité ? Comment a-t-on procédé avant de lui enlever la vie ?

Et plus largement, il faut se demander si l’éthique ‘halal’ est vraiment compatible avec la culture des fast-foods, de la surconsommation, de l’endettement. Et qu’un produit halal ne doit-il pas également être aussi propre, sain, pur et protégé des manipulations tant génétiques que commerciales !

Le commerce équitable et la protection de l’environnement ne sont-ils pas aussi des conditions de l’état ‘halal’ d’un produit ?

Finalement, peut-on acheter un produit halal combiné avec la participation dans une loterie ‘haraam’ ?

Sens

Arrivant à Médine, le Prophète (saw) remarqua que les juifs y jeûnaient le dixième jour du mois de Muharram. Ces derniers lui apprirent qu’en ce jour Dieu avait sauvé Moise du Pharaon. Le Prophète(saw) ordonna aux musulmans d’observer ce jeûne.

L’islam est une religion universelle. Le Prophète (saw) n’a fait que nous rappeler que l’histoire de Moise est notre histoire. Il nous est interdit de suivre Pharaon dans ses transgressions.

Le Prophète(saw) nous enseignera qu’en matière d’adoration du divin, tout est interdit, sauf ce que l’Unique autorise. Et en matière des affaires de ce monde, tout est permis, sauf ce qu’Il nous interdit.

Ainsi, aucune prière, aucun culte ou aucun rituel n’est acceptable en islam sauf si le Prophète (saw) l’a accompli. De même, toute nourriture, toute boisson, tout loisir, toute activité est légitime à moins qu’il ne soit explicitement interdit dans le Coran ou par l’exemple prophétique, la Sounna.

Faire ce que Dieu a interdit, ou même – dans certains cas - s’en approcher, est une transgression. Ce qui nous rapproche de l’exemple de Pharaon qui avait dépassé toutes les limites. Au premier chef, il se prenait pour Dieu, tuait les Enfants d’Israël et s’opposait aux envoyés du Créateur.

De nos jours, les transgressions continuent. Certes, elles sont ne sont pas toutes aussi abominables que celles de Pharaon, mais elles persistent.

Islam

Manger ce qui est interdit est clairement une transgression majeure. Surtout lorsque nous savons que peu de nourritures ou de boissons sont interdites. La plupart, et tout ce qui est essentiel au corps, sont définitivement permises.

Le Coran nous rappelle que tout ce qui est dans la nature est pour nous. Un bénéfice, une faveur et un signe du Créateur.

La vie est sacrée tout comme la dignité humaine est inviolable.

C’est pourquoi si Dieu permet de tuer un animal pour se nourrir, ce ne peut être qu’à certaines conditions.

D’abord il faut reconnaître le Créateur, sans Lui accorder de partenaire ou d’associé à qui l’immolation pourrait être dédiée. Ensuite, l’abattage doit se faire en toute humilité et de la meilleure des façons, sans arrogance, cruauté ou négligence.

Et ne peut être consommé que ce qui est digne selon l’éthique islamique. Ainsi, par exemple, toute bête morte, le porc, le chien, la chair humaine ou le sang sont parmi les nourritures défendues. L’esprit est un don du Créateur. Ainsi l’alcool et tout produit qui obscure l’intellect, comme les drogues, sont formellement interdits. En petite comme en grande quantité.

Il faut se rappeler aussi qu’une nourriture peut être halal en soi, mais elle devient haraam pour la personne qui l’achète avec de l’argent volé, provenant de l’intérêt sur un prêt ou issu d’un quelconque moyen interdit en islam.

Au même titre qu’il ne faut pas manger ce qui est haraam, il faut ne pas transgresser l’ordre du Créateur en regardant, disant, écoutant, portant, pratiquant ou jouissant des choses qui déplaisent à l’Unique. Le mensonge, l'injustice, la vanité et le gaspillage sont de cet ordre là. Comment ne pas aussi se souvenir de ce verset coranique qui compare le fait de dire du mal derrière le dos de quelqu’un au fait de manger la chair de son frère mort ?

Il faut souligner que les interdits demeurent très peu. Le Créateur a voulu la facilité. Tous les produits de mer ou les végétaux, par exemple, sont généralement de nature halal.

En cas de nécessité absolue, il est permis de faire ce qui normalement haraam, à condition que l’intention ne soit pas de transgresser l’ordre divin. Car c’est de cela qu’il s’agit au fond, même si nous pourrons justifier la plupart des interdits comme étant logiquement nuisibles à l’être humain.

Le but est de s’approcher de l’Unique, résister à la transgression n’est qu’une voie qui y mène…

Maurice

Il est un fait que presque tout ce que nous consommons à Maurice aujourd’hui est produit, ou transite à un moment, par des personnes qui ne partagent pas notre foi.

Des dholls puris aux boissons gazeuses en passant par l’eau de robinet, la viande et les produits importés, nous avons souvent à placer notre confiance en notre prochain. Et en des non-musulmans qui, à priori, savent peu de ce que signifie « HALAL ».

Souvent il suffit qu’on trouve les lettres « HALAL », de n’importe quelle manière qui soit, inscrites sur un produit pour qu’on assume que l’islam nous permet d’en consommer.

A l’heure où les normes d’hygiène, de qualité ou de production sont sujettes à des contrôles stricts sous l’égide d’organismes reconnus en la matière, nous ne pouvons laisser banaliser le logo « HALAL ».

Afficher « HALAL » un produit qui ne l’est pas est de la malhonnêteté et une violation du droit du consommateur !

Le gouvernement doit reconnaître un organisme indépendant, crédible, compétent et représentatif de la communauté dans sa diversité d’écoles de pensée, qui puisse émettre des certificats « HALAL ». On peut même envisager que cet organisme puisse conseiller les autorités en ce qui est « shariah-compliant » en matière de services de la banque et de la finance islamiques, un secteur où de développements majeurs sont attendus.

Faute d’un tel organisme, reconnu légalement et oeuvrant en toute transparence et à but non lucratif, on ne pourra empêcher des personnes ou des associations d’émettre des certificats « HALAL » contre de l’argent.

Avec une prime de seulement 10 sous par produit « HALAL », ce business se chiffrera en dizaines de millions de roupies que pour le poulet, par exemple !

N’est-il pas temps de revoir la mission du Centre Culturel Islamique ? Est-ce-que l’Administration of Muslim Law Act de Singapour peut nous inspirer, tant en ce qui touche la question de la norme « HALAL » qu’en ce qui concerne la formation islamique? Ou l’initiative doit-elle venir de l’intérieur de la communauté d’une fédération comme la Muslim Citizens’ Council ? A suivre…

Respect

Concluons ce chapitre en affirmant qu’il s’agit d’abord d’une question de Respect.

Respect de l’unité qui doit prévaloir au-delà des divergences d’écoles de pensée. Au fait en dépassant aussi les conflits de personnalités et d’intérêts, surtout lorsque l’approche du droit et de la jurisprudence que nous disons suivre est la même. C’est cette unité qui fera la crédibilité du logo HALAL dans une société plurielle comme la nôtre.

Au point où des non-musulmans demanderont des produits HALAL comme une garantie d’une éthique et d’une qualité liées à la production et à la consommation. Elle n’est possible que s’il nous adoptons une culture de dialogue de d’ouverture. Ce qu’il faut s’interdire d’abord ce sont les procès d’intentions et les attaques indignes vis-à-vis de ceux qui pensent autrement. La communauté dans son ensemble mérite mieux et l’islam est beaucoup plus grand que cela !

Respect de soi en s’éduquant et en se responsabilisant. Il est de notre devoir de nous informer de ce qui est permis et de ce qui est interdit. Si le doute existe, il faut s’abstenir. Toutefois l’être ne se contente nullement de l’incertain. Il faut chercher jusqu’à ce que le doute ne subsiste plus, insha Allah.

Si les savants ont, certes, un rôle essentiel à jouer ici, il faut aussi se dire que nous n’appliquons pas toujours la meilleure des pédagogies. Nous ne suivons pas celle de l’Envoyé (saw).

Il ne suffit pas de répéter aux jeunes ce qui est permis et ce qui est interdit. Il faut leur apprendre le sens de ces limites. Tout comme la gestion des divergences authentiques qui ne datent nullement d’aujourd’hui. Au lieu d’instruire notre esprit en bachotant, en jugeant et en culpabilisant, il faut éduquer notre cœur en responsabilisant...

Respect de notre entourage. Comme l’enseigna l’Envoyé (saw) aux compagnons qui vinrent vers lui disant qu’ils n’étaient pas sûrs que certains musulmans qui leur avaient donné la viande aient prononcé le nom de Dieu avant l’abattage. Il leur ordonna de prononcer le nom de Dieu et d’en manger.

Tout comme nous ne pouvons permettre ce qui est interdit, il n’est pas possible d’interdire ce qui est permis en développant une sorte de paranoïa sur toute la question. Les doutes, lorsqu’elles existent doivent être fondées, et non se reposer sur des sentiments, des bribes d’informations ou même des rumeurs. En somme, sur notre paresse et notre démission. Et on finira par soumettre à un interrogatoire serré chaque frère qui nous invite à un repas…

Respect de l’Unique. Au lieu de l’obsession d’une apparence de ce qui est halal ou haraam comme nourriture, il nous faut chercher une intime conscience de l’Unique en toutes choses. Avant chaque parole ou chaque acte, se demander si cela est halal ou haraam car l’Unique est témoin de toutes choses. Agir ainsi non seulement par crainte, mais aussi, et surtout, par amour et désir sincère de Lui plaire. En s’éduquant en permanence pour s’approcher davantage de Lui.

Beaucoup plus qu’une simple question de bouffe, « halal ou haraam » est un élément essentiel d’une culture, d’une éthique, d’un art de vivre dans le respect de l’Unique…