Le dernier Prophète : la libération universelle

Dis : " Je suis, en fait, un être humain comme vous. Il m'a été révélé que votre Dieu est un Dieu unique ! Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur, qu'il fasse de bonnes actions et qu'il n'associe dans son adoration aucun autre à son Seigneur ". (Le Coran 18 : 110)

Le désert d'Arabie, il y a quatorze siècles. En à peine vingt ans, un homme marquera l'Histoire à jamais.

Tout débute à la Mecque, où il vivra une douzaine d'années d'adversité et de persécution. Ensuite, pendant une décennie, il fera de Yathrib sa ville, désormais appelée Médine. Les six premières années y seront celles d'une résistance acharnée pour la survie d'une société naissante. Entre le traité de paix d'Al Hudaybiyah et la conquête de la Mecque, sans effusion de sang durant la huitième année de l'hégire, son message touche déjà les puissances de l'époque au-delà de l'Arabie. Lorsqu'il quitte ce monde deux ans après, une libération universelle est en marche.

Contrairement à la perception, Muhammad (bénédiction et paix soient sur lui) ne fonde pas une nouvelle religion. Il se réfère au même message révélé aux envoyés de Dieu qui l'avaient précédé. Adam avait été le premier parmi eux, le Prophète parachèvera la lignée des prophètes. Tous n'affirmaient rien d'autre, en essence, que les versets du Coran cités plus haut, révélés au début de la mission à la Mecque.

L'humanité et les enseignements

Au fil de l'Histoire, l'homme s'est égaré en attribuant des associés à Dieu. Ainsi il s'est mis à adorer des idoles, ses ancêtres, ses biens, ses enfants, le pouvoir, l'argent, l'apparence, son ego. La corruption gagnait, ainsi, son cœur, et ses actions ne le liaient pas à Dieu. Il devenait l'esclave de lui-même, du superficiel, du matériel, du plus fort, des autres, de ce qu'il créait et de ce qu'il adorait. Les prophètes venaient pour rappeler à leurs peuples respectifs le sens de la vie et de la mort. Certains parmi eux apportaient des livres afin de mieux guider les hommes. Mais souvent, après la mission d'un messager, ses enseignements étaient oubliés, altérés, même trahis par les générations successives. Et les hommes redevenaient des esclaves…

Il y a eu, sans doute, des centaines de prophètes envoyés aux différents peuples du monde. La plupart ont vu leurs enseignements modifiés par des hommes. L'essentiel a été négligé pour créer des pouvoirs religieux qui se sont érigés entre Dieu et l'humanité. Muhammad ne proclamera aucune suprématie sur les prophètes précédents qu'il appellera " ses frères ". Il confirmera la révélation de livres, entre autres, à Abraham, à Moise, à David et à Jésus, la paix soit sur eux tous. Toutefois, il dira que nous ne pouvons ni croire ou rejeter les écrits précédents dans la forme que les hommes les présentent aujourd'hui. Il y a des vérités qui y ont demeuré, d'autres ont été changés.

Le Coran terminera la révélation divine et restera inaltérable. Le dernier Prophète le transmet directement aux cœurs de tous ceux qui veulent embrasser cette paix qui vient de Dieu, al islam. Au premier rang de ceux qui portent la foi, il y a des femmes, des jeunes, des pauvres, des handicapés et même des esclaves. Les premières révélations parlent de l'unicité absolue de Dieu. Les signes de la création sont évoqués tout comme le retour à Dieu. Le lien avec les envoyés précédents est établi. Une éthique fondée sur ce rapport avec l'Unique est mise en œuvre dès le début de la mission à la Mecque.

L'exemple prophétique

Le Prophète ne se présente jamais comme un intermédiaire entre Dieu et les hommes, mais comme le serviteur et le messager de Dieu. Il n'y aura pas d'élite, d'aristocratie, de dynastie ou de clergé autour de lui, mais des compagnons soumis aux mêmes droits et aux mêmes devoirs, sans aucune distinction. L'exemple prophétique montrera comment le texte révélé se traduit dans la réalité d'un contexte spécifique.

Au fil des événements, durant 23 ans, se profile un guide immuable dans ses principes, adaptatif dans sa mise en œuvre et pédagogique dans son approche ; et définissant un lien avec Dieu qui repose sur le rejet de toute association avec quiconque dans son adoration. La raison et la foi ne s'opposent nullement tout comme le corps et l'esprit ne sont ni diabolisés ni idéalisés. La religion est au service de l'homme, et non le contraire. Nul n'est sauvé ou condamné, sur la seule revendication de son appartenance à une religion ou une communauté. Le Coran et la Sounna, l'exemple prophétique, forment la source d'une libération universelle.

Le meilleur parmi les êtres est celui qui est plus proche de Dieu. C'est à Lui que reviennent le droit et le pouvoir, dans l'absolu, de juger les hommes. Ceux qui portent la foi et font de bonnes actions, quels qu'ils soient, seront les bienheureux. Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur, fait de bonnes actions et n'associe dans son adoration aucun autre à son Seigneur ! Ainsi libérés, les hommes n'ont besoin de rien d'autre que le Coran et la Sounna afin de vivre complètement leur vie à la lumière de leur foi en Dieu. Personne n'aura le statut de prophète ou d'envoyé après le dernier parmi eux. Il n'y aura point d'autre livre après le Coran et la Sounna sera la méthodologie de son application. Et personne ne pourra se proclamer seul interprète du Coran et de la Sounna, quel que soit le lieu ou l'époque.

Au cœur d'une révolution inédite

Le dernier Prophète, contrairement à ses prédécesseurs, s'adresse directement à l'humanité toute entière, au-delà de son ère. Son avènement se situe à un moment critique de l'Histoire. Les peuples de la terre sont sur le point de se découvrir et de se connaître comme ils n'avaient jamais pu le faire auparavant. Ce sera le début de la toute première mondialisation.

L'Arabie, son passé, sa langue et sa population ont une pertinence stratégique dans la propagation du message au Nord comme au Sud, à l'Est comme à l'Ouest. Sa proximité géographique avec les puissances romaine et perse tout comme l'interaction immédiate qu'elle provoque avec les traditions juive, chrétienne et païenne placent le Prophète au cœur d'une révolution inédite. Elle est de nature tout à la fois religieuse intellectuelle, économique, sociale et politique. La force d'adaptation culturelle du message est non moins formidable. Le Prophète en fait la démonstration en assimilant les principes de la foi dans deux contextes très différents, à la Mecque et à Médine. C'est un message universel que l'humanité hérite du dernier Prophète lorsqu'il quitte ce monde, sa mission parfaitement accomplie. Il n'était pas venu uniquement pour les Arabes de son temps, mais comme une miséricorde pour tout l'univers. Et ce jusqu'au Jour Dernier. Cet universalisme ne renie, toutefois, rien de l'essentiel du message des prophètes précédents. Mais il libère les hommes à jamais de la nécessité d'un autre envoyé ou prophète, ni même d'une autorité similaire afin de les guider. Le Coran et la Sounna suffisent totalement, l'intelligence du contexte apportant tout complément requis pour faire du comment-être musulman une réalité.

Conclusion

Cette libération universelle se trouve face à trois défis majeurs aujourd'hui. D'abord, il faudrait ne pas commettre l'erreur des peuples d'avant qui avaient réduit le salut à l'appartenance apparente à un groupe spécifique. Ensuite la passivité qui consiste à attendre un nouveau prophète ou envoyé, sinon à l'établissement d'un ordre islamique, doit céder la place à un engagement immédiat à la lumière du Coran et de la Sounna. L'universalisme des principes qui y sont déclinés permet l'élaboration de stratégies contextuelles quel que soit le lieu ou l'époque. Finalement, ce message de libération universelle ne s'adresse pas uniquement aux musulmans. Plus qu'un dialogue interreligieux, il est urgent de s'engager ensemble avec toutes personnes qui partagent cette même volonté de voir un monde plus digne.

Notes

Le Coran : pour les musulmans, le Coran est la Parole de Dieu inchangée, révélée au Prophète par l'intermédiaire de l'Ange Gabriel. Le processus de révélation se déroula sur 23 ans, en fonction surtout des événements de l'époque. Le texte arabe du Coran n'a subi aucune modification. Le Coran est appris par cœur par des millions de personnes. Il est lu lors des prières et des invocations, mais demeure surtout le guide des musulmans dans leur mode de vie.

Les hadith : ainsi sont appelées les paroles du Prophète qui viennent de lui, et qui ne font pas partie du Coran. Elles sont, cependant, reconnues comme inspirées par Dieu. Elles aident à l'explication du Coran et à sa mise en contexte. Elles incluent aussi les détails qui permettent de guider le musulman dans sa vie tant personnelle que familiale et sociale. Alors que l'authenticité du Coran ne souffre d'aucune contestation, celle des hadith est soumise à une rigoureuse analyse ; elles sont classées selon divers niveaux d'authenticité.

La Sounna : des savants appellent ainsi tout ce qu'a fait, dit et approuvé le Prophète, même tacitement. Le Sounna est donc, avec le Coran, le fondement du droit et de la jurisprudence musulmans. Le consensus et l'effort intellectuel peuvent être les autres sources lorsqu'il s'agit des affaires mondaines. La Sounna éclaire le musulman dans l'application du Coran. Dans un autre cadre, ce terme se réfère aux pratiques recommandées, pour distinguer des obligations formelles. Les éléments de la Sounna se trouvent souvent dans les hadith, et doivent être examinés à la lumière de leur authenticité.