Le mois du Ramadan n'est pas parmi les quatre mois sacrés du calendrier islamique. Et pourtant, il est reconnu comme le plus grand des mois. Au-delà des interdits qui donnent un sens au sacré, il y a la miséricorde, le pardon et le salut. Sinon comment expliquer qu'au beau milieu des versets qui définissent les limites du jeûne obligatoire, il y ait ces mots " Et quand Mes serviteurs t'interrogent sur Moi… alors Je suis tout proche. Je réponds à l'appel de celui qui m'appelle quand il M'appelle. Qu'ils répondent à Mon appel, et qu'ils croient en Moi, afin qu'ils soient bien guidés. " (Le Coran 2 : 186)

L'appel de l'Unique. Auquel nous répondons comme confirmation de la foi innée et originelle qui est en chaque être. L'étincelle qui est en nous jaillissant à la rencontre de la lumière qui émane de l'horizon. Et c'est ainsi que nous nous trouvons guidés dans le bon sens…

Le Prophète (saw) nous apprit que l'Unique dira le Jour du Jugement à son serviteur " J'étais malade, et tu n'es pas venu me voir… J'avais faim, et tu ne m'as pas donné à manger… ". Choqué car conscient que l'Unique est au-delà de toute comparaison humaine, le serviteur affirmera " Mais comment est-ce possible car Tu ne peux être malade, Tu n'as pas faim ? ". Et Dieu lui dira " Si tu avais rendu visite au malade et si tu avais donné à manger au pauvre, tu M'aurais rencontré… "

L'appel de Dieu, c'est aussi l'expression de ceux qui souffrent, les vulnérables, les faibles, les pauvres. Quel sens donner au jeûne si ce n'est qu'un acte de solidarité qui part du plus profond de notre être en direction de ceux qui sont moins fortunés ? Plus qu'une maîtrise de soi-même qui est observée individuellement, le mois du Ramadan appelle au dépassement collectif. Répondre à l'appel de ceux qui ont faim, ceux qui ont soif… de nourriture ou de n'importe quel autre besoin. Répondre à l'appel de ceux qui cherchent la paix du cœur. Car la pauvreté humaine n'est pas seulement matérielle. Elle est souvent émotionnelle, intellectuelle et surtout spirituelle.

Le Prophète (saw) était le plus généreux des hommes, nous rapporta son épouse. Et pendant le mois du Ramadan, il donnait davantage. Ainsi, ce mois n'est pas une parenthèse dans le calendrier musulman. Il est l'occasion de multiplier ce qui existe déjà. Et d'initier ce qui se consolidera après son passage. D'entreprendre, ensemble, socialement une expérience, une communion sans pareille. Ensemble, jeûner le jour, prier encore la nuit, et lutter à chaque instant, toujours, contre les appauvrissements du corps, du cœur, de l'esprit et de l'âme. Un bédouin vient voir le Prophète (saw).

Il est au bord du désespoir, se frappant la poitrine et se tirant les cheveux.

" O Envoyé de Dieu, je suis détruit ! " se plaint-il. " Qu'as-tu fait ? " lui demande le Prophète (saw).

" J'ai cohabité avec mon épouse pendant le jeûne du Ramadan. "

Et au Prophète (saw) de lui demander :

" Peux-tu libérer un esclave ? "

" Non ", répond-t-il.

" Peux-tu jeûner deux mois consécutifs ? " " Non "

" Peux-tu donner à manger à soixante pauvres ? "

" Non ", répond-t-il pour la troisième fois.

" Assieds-toi ! " lui dit le Prophète (saw).

Quelqu'un offre au Prophète (saw) un grand panier rempli de dates.

" Donne cela en charité ", dit-il au bédouin.

" Il n'y a personne plus pauvre que ma famille entre ces deux plaines ", répond ce dernier.

" Alors prends-le et nourris ta famille avec ", lui dit le Prophète (saw), souriant.

Être généreux

Nous vivons à une époque où la générosité devient un vain mot. " No one owes us a living ", dit-on. En effet, il faut payer pour avoir la moindre des choses. Et si on veut de la qualité, pour ne pas dire un traitement digne, alors il faut donner davantage.

C'est vrai pour le pain comme pour l'éducation, pour le transport comme pour le service de santé, pour le match de foot à la télé comme pour la sortie en famille à la plage. Jusqu'à l'air qu'on respire… tout est question d'argent ! De la protection de l'environnement à l'humanitaire en passant par la lutte contre la pauvreté, tout est devenu business. L'éthique est une mode. Se montrer socialement responsable est une question d'image pour les grandes entreprises.

Être respectueux

Pas d'argent, pas de respect. C'est ce que dit un fils à son père. Une épouse à son conjoint, ou vice-versa. Celui qui exerce une autorité à celui qui cherche ses droits.

La violence est devenue monnaie courante. Souvent sexuelle, car la société où tout s'achète et se vend a fait de l'attirance des sexes le pilier du marketing moderne. Sexe, violence, argent… bienvenue à la culture moderniste qui a pris d'assaut notre monde de l'internet à Bollywood en passant par les joueurs de rugby qui posent nus sur des calendriers.

Beaucoup s'endettent afin de survivre. La famille, lorsqu'elle existe, se réduit souvent à un couple et à un maximum d'un enfant. De préférence, un garçon. Le jeu du hasard fait aussi rêver plus d'un.

Culture de l'effort, travail, rigueur et discipline… des vains mots qui sortent souvent de la bouche de ceux qui sont " more equal than others ". Ici et ailleurs, ils s'amusent et leurs enfants aussi. Ils veulent jouir comme faisaient les maîtres de l'ère coloniale. Véritable drame orwellien.

Et ils veulent apprendre à pécher, au lieu de donner du poisson, à ceux qui sont détruits et qui n'ont pas la force de tenir debout !

Le bus est gratuit, mais il ne se s'arrêtera jamais…

Être… tout simplement

Notre pauvreté n'est pas économique seulement. Elle est aussi intellectuelle, émotionnelle et spirituelle. Peu de créativité, peu de sentiment, peu de sens à notre religiosité. Trop de malhonnêté intellectuelle, trop de sensationnalisme, trop de manipulation religieuse.

Les gens n'ont pas seulement besoin d'argent… il leur faut une éducation qui inspire confiance et transforme, un regard qui rime avec amour et compassion, une foi qui élève vers l'Unique puisqu'au juste service des plus faibles.

A l'heure où nous parlons tant de lois, revenons à la pédagogie prophétique. Le bédouin faisait confiance au Prophète (saw). Celui-ci le comprenait. Il cherchait la purification de son être. Il ne fut jamais humilié par le Prophète (saw) malgré toute la gravité de son péché.

La loi est faite pour servir les hommes, pour protéger leur dignité et pour les rapprocher de l'Unique.

Imaginons le sourire du Prophète (saw). Le plus généreux des hommes. Celui qui aimait les pauvres… voilà le modèle parfait auquel l'islam nous invite.

Un jour l'Envoyé de Dieu (saw) affirma : " La richesse n'est point dans les biens qu'on possède ! "

À la réaction étonnée de ses compagnons, il expliqua : " La vraie richesse est la richesse de l'être. "

Il disait aussi à ceux qui pensaient que l'homme ruiné était celui qui possédait ni bien, ni argent : " L'homme ruiné est celui qui le Jour du Jugement aura à son actif des jeûnes, des prières, des aumônes mais qui aura calomnié untel, volé l'argent d'un autre, versé le sang de celui-ci et frappé celui-là, si bien qu'on lui prendra ses bonnes actions pour les distribuer à ses victimes. Quand il n'aura plus d'œuvres pieuses à son actif, et avant même qu'il ne purge sa peine, on le chargera des péchés de ses victimes avant de le jeter en enfer. "

On ne peut aborder le sujet de la pauvreté sans revenir au fait que l'islam place l'être au centre, et non la matière. Celle-ci est utile, absolument importante même, mais uniquement comme un moyen pour atteindre une fin.

La zakat

La purification des biens matériels est l'objectif de la zakat. Elle est mentionnée trente fois dans le Coran. Et en vingt-huit occasions, associée à la prière. Elle avait été prescrite aux peuples d'antan et elle est ordonnée dès le début de la mission de Muhammad (saw). Ce n'est toutefois que dans la deuxième année de l'hégire que sa forme et son montant seront précisés.

Il ne s'agit pas de charité, mais du droit des pauvres sur le bien des riches. Elle n'est imposée que sur l'excédent des biens sans utilité aucune. À condition que ce surplus soit demeuré ainsi pendant une année.

C'est ainsi le contraire même de l'usure. Elle permet la distribution des richesses, promeut l'investissement et le travail, hausse le niveau de vie et s'attaque à la pauvreté. Ce rééquilibrage socio-économique est fait sans antagoniser les riches ou humilier les pauvres, car la zakat est un acte d'adoration de l'Unique.

Les bénéficiaires de la zakat tombent dans les huit catégories que la Révélation mentionne. Au premier chef, il y a les pauvres, mais aussi les nécessiteux, " ceux qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts, qui n'apparaissent pas comme méritant la charité, qui ne demandent pas aux autres… " La zakat est aussi pour libérer des esclaves, concilier des cœurs à l'islam, effacer des dettes, aider les voyageurs. La collecte et la gestion de la zakat devant se faire avec efficacité, cette catégorie est aussi reconnue comme bénéficiaire. Et la zakat est à dépenser dans le "chemin de Dieu", expression qui sera comprise par de nombreux savants dans un sens très large allant de l'éducation à la construction de routes en passant par le financement de toute guerre juste.

Autres devoirs

La zakat n'est pas le seul instrument économique de l'islam. D'ailleurs, une personne ne donne pas la zakat à ses parents ou à son épouse, comme l'Envoyé (saw) et sa tribu étaient eux aussi interdits d'y toucher. Dans une société, il peut exister de nombreux non-musulmans qui ne reçoivent pas la zakat. Toutefois, ils ont droit à notre générosité et il est du devoir du musulman de veiller à ce qu'il ne dort pas à son aise alors que son voisin, musulman ou non, est dans le besoin.

L'Envoyé (saw) déclara un jour : " La charité ne diminue jamais la richesse. Celui qui subit une injustice et se montre patient, Dieu lui donnera la force. Et celui qui commence à mendier, Dieu le rendra pauvre. "

L'islam nous enseigne aussi qu'il faut respecter une éthique lorsqu'on fait du bien. Donner avec sa main droite sans que sa main gauche en soit consciente. Donner sans chercher de récompense ou de remerciement. Donner sans humilier.

Et le Jour de l'Eid, il est du devoir de chaque musulman de s'assurer, qu'au moins en ce jour, tout le monde a de quoi à manger et à boire. C'est la zakat-al-fitr, autre donation purificatrice obligatoire, bien plus minime que l'autre zakat, mais essentielle afin d'assurer la purification de notre jeûne.

Les yeux d'un enfant sans-abri de Karo Kalyptis. On peut y voir toutes les trahisons du monde. Les mensonges des politiques, les dérives de l'économie ultra-libérale, les ravages de l'homo technicus, l'homme fou de technique.

Rien n'est gratuit ! A trop entendre cette phrase, nous avons fini par y croire ! Et, pourtant, lorsqu'un proche de l'enfant, pris de désespoir, tente de s'immoler sur les lieux, les forces de l'ordre lui sauvent la vie.

Est-ce un acte gratuit ?

Tout est économie

Chaque jour, des centaines de milliers de personnes meurent de faim, de malnutrition ou de manque de soins. Plus d'une personne sur cinq dans notre monde lutte pour survivre avec moins d'un dollar par jour.

Sensible à cette triste réalité, nous avons inventé les Millenium Development Goals (MDG) … et nous attendons !

D'autres, y compris les musulmans, se montrent soucieux de pondérer la rentabilité des capitaux par un coefficient de moralité. L'éthique, souvent définie comme distincte de la morale puisque compatible avec notre époque, est, finalement, devenue une mode. Et on fait comme si tout est propre puisqu'on s'interdit, apparemment, l'usure, le jeu, la drogue, le commerce des armes ou encore l'alcool. Le sens et l'orientation du système ne sont pas remis en question.

" Abundance for what ? " se demandait justement David Riesmann.

A côté, il y a des militants, souvent altermondialistes, qui s'engagent au nom de la liberté à s'opposer au système, beaucoup plus qu'à construire une alternative. Encore moins à trouver des solutions dans l'immédiat. Stanilas Breton écrivait : " La révolution permanente s'attiédit en un radicalisme de bon ton qui conserve l'idole et qui transforme la critique de la libre imagination en dogmatisme imperméable. " De nombreux héritiers de Mao sont là pour prouver ce constat.

Les forces de l'ordre ne donneront pas de biberon à l'enfant de Karo Kalyptis, aussi parce que le lait coûte cher, lorsqu'il est trouvable. Rien n'est gratuit !

Car nous mourrons…

Henri de France résume notre dérive : " Dans une société atomisée, sans contenu spirituel, les hommes qui choisissent de se composer un univers mental sur la base de l'utilité, de la rareté et de la prise en compte du seul court terme, vivent sans s'en douter un énorme retour en arrière. Proclamant de façon formelle leur adhésion aux idées de liberté et de progrès, ils sont en passe d'adopter en pratique une vieille devise : mangeons et buvons, car demain nous mourrons… ". Et il conclut : " La vraie réponse ne peut être que spirituelle. "

L'islam nous montre que ce contenu spirituel est, d'abord, amour.

Amour de l'Unique qui nous mène à relativiser, et à gérer, l'amour naturel que nous avons pour nous-mêmes, nos enfants et les choses de ce monde.

Amour spirituel qui ouvre la voie à la justice, au pardon et à la générosité vis-à-vis de nos semblables, toutes Ses créatures.

Et, contrairement à ce qu'affirme Henri de France, les hommes ne sont pas éternellement inconscients de ce qu'il leur arrive. Les yeux de l'enfant de Karo Kalyptis finiront, tôt ou tard, par s'attarder sur sa conscience.

Et s'agit-il vraiment d'un retour en arrière ? L'islam nous enseigne que tout être est né musulman, dans un état de pureté originelle, avec une conscience innée que le sens de la vie ne se résume pas à " mangeons et buvons car demain nous mourrons… ". Tous les prophètes qui sont venus n'ont fait que rappeler aux hommes ce sens qui est en eux et qu'ils font parfois semblant d'oublier. Et s'ils oublient vraiment, les yeux de l'enfant de Karo Kalyptis sont là pour les ramener au sens…

Le lien avec l'Unique…

Et c'est pourquoi, dès le début de la Révélation, bien avant l'élaboration des règles du droit et de la jurisprudence islamique, celui qui aimait les pauvres, l'Envoyé (saw), rappelait aux hommes :

" Vois-tu celui qui traite de mensonge le Jugement ?

C'est bien celui qui repousse l'orphelin,

et qui n'encourage point à nourrir le pauvre " (Le Coran 107 : 1-3)

" La course aux richesses vous distrait,

jusqu'à ce que vous visitiez les tombes… " (Le Coran 102 : 1-2)

" Malheur à tout calomniateur-diffamateur,

qui amasse une fortune et qui la compte,

pensant que sa fortune l'immortalisera… " (Le Coran 104 : 1-3)

" Quant à l'orphelin, donc, ne le maltraite pas.

Quant au demandeur, ne le repousse pas. " (Le Coran 93 : 9-10)

" Mais non ! C'est vous plutôt qui n'êtes pas généreux envers les orphelins,

qui ne vous incitez pas mutuellement à nourrir le pauvre,

et dévorez l'héritage avec une avidité vorace,

et aimez les richesses d'un amour sans bornes. " (Le Coran 89 : 17-20)

" Qui donne de ses biens pour se purifier,

et auprès de qui personne ne profite d'un bienfait intéressé,

mais seulement pour la recherche de La Face de son Seigneur le Très Haut. "

(Le Coran 93 : 18-20)

Parmi les derniers versets révélés à l'Envoyé (saw), il est fait mention de l'interdiction de l'usure.
Quelques semaines avant de quitter ce monde, lors du pèlerinage d'adieu, il proclame : " Les premiers intérêts que j'annule sont ceux qui sont dus à Abbas bin Abdul Mutallib. "

La Révélation affirme que l'Unique anéantit l'usure et fait fructifier les aumônes. Le commerce est permis, l'usure prohibée. A ceux qui n'y renoncent pas, Dieu et Son Envoyé (saw) annoncent ni plus ni moins qu'une déclaration de guerre.

Si, d'un côté, le Prophète (saw) exhortait les gens à éviter les dettes, de l'autre côté, il demandait aux prêteurs d'accorder un sursis à ceux qui étaient dans la gêne. Jusqu'à remettre la dette. Ils leur promettaient, en retour, d'être dans l'Ombre de l'Unique le Jour Dernier.

Banque et finance islamiques

Aujourd'hui, ce qu'on appelle la banque ou la finance islamique représente un marché global de plus d'US $ 500 milliards. Les raisons de cet intérêt nouveau sont multiples.
Parmi, il y a un facteur que nous ne pouvons ignorer. Après le 11 septembre 2001, les pétrodollars ne sont plus en sécurité dans les banques américaines. Avec l'accroissement des revenus des pétromonarchies, l'émergence de nouvelles puissances financières en Asie et l'enrichissement des populations musulmanes en Occident, il y a un déplacement de capitaux hors des États-Unis. Toutefois, à l'heure de la mondialisation de l'économie libérale, ces fonds se retrouvent vite réinjectés dans le système dominant. D'où la garantie de profits que donnent certaines banques islamiques, comme d'autres assurent des taux d'intérêts.

Or l'interdiction de l'usure, y compris les intérêts bancaires, a pour fondement en islam le fait que la richesse ne peut générer de la richesse sans travail et sans risque. Les pauvres ne deviennent pas plus pauvres parce qu'ils sont pauvres. Aujourd'hui, le service de la dette étouffe les pays les plus endettés, comme à l'échelle microéconomique, le remboursement des dettes tue les pauvres. Le résultat est que pendant la deuxième moitié du siècle dernier, le fossé entre les 20% plus riches et les 20% plus pauvres de la planète a plus que doublé. Et il continue de plus belle de grandir !

Le branding de la banque ou de la finance islamique comme une marchandise, la banalisation de l'éthique islamique qui est désormais dépourvue de sa dimension morale et spirituelle, et les multiples incompatibilités avec l'économie ultra-libérale dominante font que nous sommes plus face à un bricolage économique, au plus une tentative d'adaptation, qu'à une remise en question ou une transformation du système vers plus de justice.

Comment peut-on, ici, d'une main promouvoir la banque ou la finance islamique et de l'autre tolérer la corruption, l'exploitation des travailleurs, le blanchiment d'argent, la spéculation, la surconsommation, le gaspillage, l'appauvrissement des plus vulnérables ou encore le pillage des ressources de la planète ?

La nécessité fait loi

Les savants ont unanimement affirmé que la nécessité permet la prohibition, un consensus tiré directement de cinq endroits du Coran. Ainsi, nombreux parmi eux font de la nécessité d'un toit une exception et permettent, avec des conditions, un emprunt avec intérêt. D'autres savants de l'école hanafite avancent que, hors de ce qu'ils appellent un dar-ul-islam, une terre de l'islam, l'interdiction de l'usure n'est pas applicable sous certaines conditions.

De nombreuses questions se posent aujourd'hui. Comment ne pas déclarer la guerre à un système économique ultra-libéral fondé sur l'intérêt qui tue des centaines de milliers d'enfants chaque jour par la pauvreté qu'il engendre ? Comment faire fructifier les fonds islamiques, allant de la zakat aux revenus commerciaux clairement licites, sans compromettre les principes fondamentaux de l'islam, et l'essence même de la responsabilité musulmane vis-à-vis des pauvres ? Quelle définition donner à un dar-ul-islam quand nous savons que des millions de musulmans sont des citoyens, égaux en droit, fermement établis dans leurs pays, où ils vivent ensemble avec des concitoyens ne partageant pas la même foi ? Et, souvent, ils sont moins nombreux, et plus riches, que leurs frères vivant dans des pays "musulmans" où le système est loin d'être islamique. Et où les nécessités de base comme la nourriture, le logement, l'éducation ou même les libertés ne sont pas garanties !

Conclusion

Il est impératif que les savants du droit et de la jurisprudence islamique, l'usul-ul-fiqh, et les spécialistes des affaires mondaines se concertent avec comme objectif de définir des solutions aux défis immédiats. Et de proposer une alternative cohérente et globale, les étapes de son application, et les priorités de sa portée.

Cependant, il ne faut nullement penser que la transformation viendra d'en haut. L'exemple prophétique en est la preuve. L'histoire nous apprend que ce sont ceux d'en bas qui feront le changement.

Sous l'impulsion d'Hasan al Banna, au siècle dernier, en Égypte, des centaines d'initiatives de coopératives et d'entreprises, refusant tout intérêt bancaire, réussirent à attirer la petite épargne dans un investissement d'envergure, tout en créant des emplois, luttant contre la pauvreté et élevant le niveau de vie.

La réforme était certes socio-économique, mais l'inspiration n'était rien d'autre que les paroles de l'Envoyé (saw). Il implorait l'Unique d'augmenter son amour pour les pauvres. Invocation qu'al Banna reprenait, vivait et transmettait…