Engagement Citoyen (III)


Il fut un temps où nous marchions, ensemble, pour aller à la mosquée les soirs de Ramadan. Aujourd'hui, le trajet se fait souvent en voiture, chacun pour soi.

La rupture du jeûne, l'iftaar, était un moment de communion autour du partage de quelques simples gâteaux traditionnels, principalement à base de farine. Quelques dates, des morceaux de banane et un peu d'eau. De nos jours, si nous nous rassemblons pour cet instant, c'est surtout autour de petits fours et autres délices. Les viandes sont, désormais, irrémédiablement au menu.

Un audit de l'énergie d'une unité de production de poulets frigorifiés peut être très révélateur. On note des baisses correspondant aux périodes de jeûne chez nos compatriotes hindous et chrétiens. Le mois du Ramadan, par contre, est marqué par un pic de consommation.

Et que dire des conditions d'élevage, pour ne pas dire de production industrielle, de ces volailles que nous consommons sans trop de modération ? Ces pauvres créatures, toute une vie, ne verront jamais le ciel. Gonflées d'hormones, elles grandiront presqu'à vue d'œil. À plus de dix, elles seront enfoncées dans des cages étriquées et transportées au lieu d'abattage.

Halal certes, mais uniquement en apparence. Nullement dans l'esprit de l'éthique islamique.
Est-ce que tout le monde se laisse aller pendant ce mois béni ? Il n'y a rien de plus faux.

Beaucoup y vivent une vraie expérience spirituelle. Toutefois, pour d'autres, le Ramadan c'est comme le reste de l'année. Aucune conscience du sens du jeûne, aucune empathie avec ceux qui ont faim, aucun éveil en réponse au rappel du Coran. Un réajustement des horaires de repas. Et pour une infime minorité, peut-être même pas ce minimum de foi...

Et pourtant, ce mois a tout pour être une vraie campagne, un jihad, contre la surconsommation. Non seulement en stoppant net le gaspillage et les abus, mais aussi en forçant un vrai questionnement de nos habitudes. Qu'il s'agisse de nourriture, de boisson, de lecture, de divertissement, de vêtement ou encore de manière de se déplacer, il y a lieu de se poser la question du sens. Il faut chercher les vraies raisons de nos choix. Être sensibles à l'impact qu'ils ont sur nous-mêmes, nos proches, notre société et notre planète.

C'est le moment, par excellence, pour se libérer. Tant des modes qui nous sont imposées d'ailleurs que de la cigarette ; tant de cette télévision qui nous prend pour des imbéciles que des fast-foods ; tant des palabres des politiques que du matraquage footballistique ; tant des jeux de hasard et autres vices que des manœuvres consuméristes de toutes sortes.

Et à la place, allons à la découverte de nous-mêmes. Vivons un peu cette frugalité, cette pudeur et cette simplicité qui ont fait la dignité de nos aînés. Prenons le temps de contempler la nature, ou ce qui reste d'elle. Être proche d'elle comme être proche de nos êtres les plus chers. De respirer l'air pur, d'apprécier de la nourriture bien de chez nous, de prendre plaisir à étancher sa soif avec une gorgée d'eau toute fraîche. C'était cela l'iftaar du Prophète (saw), en maintes occasions quand il lui arrivait de ne pas avoir même une moitié de datte sèche.
Lui qui savait, aussi, passer de bons moments avec ses petits-enfants comme il savait s'isoler pour être avec l'Unique.

Le Sommet de Copenhague sur le changement climatique est annoncé comme celui de la dernière chance pour la planète. Le risque de catastrophe exige un sursaut de la communauté internationale, surtout des pays riches et des pays émergents. L'éthique islamique, qui s'applique qu'il y ait catastrophe ou non, peut mobiliser plus d'un milliard de croyants dans un engagement écologique, local et citoyen.

Pour cela il faut qu'ils comprennent son sens, leur responsabilité. Le mois du Ramadan aurait dû être l'école vivante de cette éthique, au demeurant universelle, à même de transformer le destin du monde.

Tant qu'il y aura ce mois, l'espoir sera là.
Et puisque le jeûne du Ramadan a été prescrit par l'Unique comme l'avaient été d'autres jeûnes pour des peuples anciens, cet espoir ne peut qu'être un espoir partagé, au-delà de toutes nos différences.

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