Engagement citoyen (II)


Le virus de la grippe A fait peur. Et pourtant, le temps pour vous de finir cette lecture, nous compterons 10 morts de plus dans le monde à cause de la malaria. Et 20 enfants périront de la diarrhée. Plus de 100 autres mourront faute de simples vaccins, indisponibles pour eux... parce qu'ils sont pauvres.

Tous auraient pu être sauvés par des moyens qui ne nous coûtent presque rien, comme des moustiquaires ou l'accès à l'eau potable.

À Maurice, les complications cardiaques, l'hypertension et le diabète causent des décès chaque jour, sans que nous en parlions. Le tabac, l'alcool et la drogue également. Et avec, il y a aussi des vies qui sont brisées, des familles détruites, des souffrances liées à la marginalisation. Phénomène de rejet social que nous voyons aussi avec la transmission alarmante du virus du VIH-SIDA dans notre pays.

Autant de défis qui doivent nous interpeller, citoyens de toutes communautés confondues.
Malheureusement, parce que nous pensons que la menace ne nous touche pas directement, parce que les médias n'en parlent pas assez et/ou parce que nous croyons que nos moyens ne sont pas pour être au service des autres, nous refusons de nous engager là où nous n'avons aucun intérêt immédiat et personnel.

Les politiques et les institutions n'inspirent pas confiance. Lorsque la volonté y est, le courage du changement semble faire défaut, même parmi les plus audacieux de nos leaders. Les systèmes politico-administratifs et économiques favorisent le statu quo, sinon la consolidation d'un ordre fondé sur la loi du plus fort. Ce n'est pas par hasard que les brevets de certains médicaments, comme le Tamiflu, sont la propriété de néoconservateurs à l'instar de Donald Rumsfeld. Les pays pauvres ne pourront en produire et doivent même subir une extension de leurs dates d'expiration. Et un marché lucratif s'annonce déjà pour les nouveaux vaccins. Et dire qu'il suffit d'un banal sérum au coût de quelques roupies chacun pour de sauver 2 millions d'enfants qui succombent face à la diarrhée, chaque année !

Que peut-on attendre des grandes stratégies top-down face à la complexité des enjeux ? Le Sommet de Copenhague sur le changement climatique, en décembre 2009, sera une autre épreuve difficile où les plus faibles risquent de faire les frais de l'irresponsabilité des plus influents.

C'est dans ce contexte qu'il faut valoriser l'engagement citoyen. Chacun, là où il se trouve, doit agir, selon ses compétences, afin de faire une différence. La somme de ces engagements à changer, pour le mieux, "les petites choses de la vie" ne peut qu'avoir un effet multiplicateur. Oublions le résultat global ou encore ce que les autres doivent faire, et agissons immédiatement, localement, dans la mesure de nos capacités.

Zougader

Prenons en exemple une autre épidémie qui nous guette ici à Maurice. Il s'agit de la Loterie Nationale. Les religions, les spiritualités et les êtres de conscience s'accordent souvent sur le fait que le jeu du hasard est contraire au sens moral et/ou éthique qu'ils défendent.

Les lois ouvrant les portes aux jeux de toutes sortes furent votées au Parlement comme une simple formalité. Un journal se permit même, à l'époque, de censurer notre envoi intitulé :
Putting Zougader First. Depuis, les maisons de jeu pullulent nos villes et nos villages.
Comme la grippe A qui nous menace, l'épidémie de la Loterie Nationale peut être très contagieuse. Elle tue des âmes, des couples et des familles. Elle s'affiche déjà partout. Et contre elle, il n'y a pour l'instant aucun Tamiflu, car ses victimes seront laissées à elles-mêmes. Et aucune campagne de prévention car, au contraire, elle est présentée comme une chance pour tous !

Partout où elle s'est répandue ailleurs, elle a fait des malheureux surtout. D'abord, pour chaque gagnant, il y a des milliers de gens qui se font épluchés. Le pire est que ces derniers ne se rendent même pas compte de la supercherie. C'est pourquoi on qualifie les jeux de hasard de "taxe sur la stupidité du public". Et affirmer que les gains iront, en partie, aux pauvres et aux projets sociaux, revient à humilier davantage ceux qui dans notre société sont dans la précarité. Comme si c'est seulement au prix de l'égoïsme des autres qu'on peut trouver de quoi les aider !
Partout où l'épidémie est passée, il y a eu des suicides, des divorces, des conflits entre proches, du gaspillage, de la jalousie, des souffrances humaines parmi les soi-disant gagnants. Rarement du bonheur, et lorsque c'est le cas... il n'est pas partagé. Sauf, peut-être, pour les promoteurs véreux ! Mais à quoi bon réussir au détriment des autres ?

Il faut se poser des questions sur le sens de la vie que nous voulons transmettre à nos enfants en encourageant le jeu au lieu de l'effort, le hasard au lieu du savoir, le matérialisme au lieu des valeurs.

Voilà un chantier où les femmes et les hommes de bonne volonté qui refusent une société zougader doivent s'engager. Ensemble, au-delà de leurs différences de religion ou de culture. En sensibilisant les plus vulnérables, en avertissant les jeunes, en accompagnant les victimes qui deviennent des accros, en soutenant les familles affligées, en encourageant une éthique du travail, de la modération et de la dignité.

Il faut une vraie synergie des forces citoyennes locales car derrière la Loterie Nationale, il y a l'argent, le pouvoir et la communication des plus forts. Un formidable adversaire qui s'étend de la tentation ancrée dans le cœur du dernier des pauvres à la toute puissance des multinationales du jeu.

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