Il y a 40 ans, un choc pétrolier qui changea le monde


A l'origine, il y eut, semble-t-il, l'attaque syrienne d'un côté et égyptienne de l'autre sur Israël le jour du Kippour. Les pays arabes producteurs de pétrole initièrent un embargo suite à la décision américaine de soutenir l'Etat hébreu. Les robinets se fermèrent provocant ainsi la première crise du pétrole.

Il est apparent, aujourd'hui, que la décision d'imposer un embargo fut déjà prise avant le début de la guerre du Kippour. Il fallait faire grimper le cours pétrolier. Le roi saoudien Faysal avait réussi un coup de maître, mais il ne vivra pas pour en profiter. Les vrais maîtres se cachent ailleurs. Grâce à eux, le pétrole devient 'or noir'.

Cela fait quarante ans que nous vivons sous la domination du pétrole. Depuis, les pays producteurs et consommateurs, comme les multinationales qui les lient, se sont mis d'accord. Toute l'économie mondiale, des fonds d'investissement aux géants de l'automobile en passant par le transport aérien et maritime, s'articule autour d'une dépendance sur le pétrole. La révolution iranienne et la guerre en Irak seront les causes d'autres chocs pétroliers, mais c'est en 1973 que les dés furent jetés. Beaucoup de sang a aussi coulé depuis, mais cela compte peu lorsqu'il s'agit d'assurer la suprématie de l'or noir.

D'ailleurs, le cours du pétrole ne cesse d'augmenter, le record du Brent en 2008 de $145 le baril se faisant même battre régulièrement en termes d'euros ou de livres sterling. Les profits des compagnies pétrolières comme les revenues des pays producteurs atteignent des records.

L'année dernière, Exxon-Mobil frôlait un bénéfice record de $ 45 milliards alors que l'Arabie Saoudite récoltait plus de $ 300 milliards pour la même période. Même si le cours du pétrole n'entraine pas toujours dans sa foulée celui du gaz ou du charbon, ils sont intrinsèquement ancrés les uns aux autres. L'effet inflationniste d'une hausse du prix du baril est craint partout et par tous.


Le cas mauricien

En 1973, il est rapporté que Maurice fut largement épargné par le choc pétrolier. La disponibilité de sources renouvelables comme l'hydro-électricité et la bagasse en fut la raison principale. Cet enseignement doit inspirer notre avenir.

Il ne s'agit plus de se tourner davantage vers l'hydro dont le potentiel est limité, mais d'en faire une utilisation optimale et intelligente. Aux heures de pointe, elle est plus à même à apporter une contribution rapide et de qualité au réseau électrique, sans parler de son coût minime. Avec la menace de sécheresse, il nous faut pouvoir stocker cette énergie, voire la coupler avec d'autres formes de renouvelables dont le stockage est tout aussi nécessaire. D'ailleurs, notre indépendance énergétique passe obligatoirement par davantage de décentralisation de la production électrique et une culture de la gestion de la demande.

C'est là que l'exemple de la bagasse devient une raison d'espérer. Il faut substituer les énergies fossiles, y compris le charbon, par de la bagasse, mais aussi par toutes sortes de bioénergies avec un accent sur une meilleure efficience des conversions énergétiques. Les bioénergies peuvent être produites localement ou dans la région, par une agriculture durable ou à partir de déchets verts, sans oublier tout ce que l'océan peut nous offrir. Ce sont des énergies solides, liquides ou gazeuses que nous pouvons aussi stocker, voire utiliser ensemble avec du gaz naturel dans des installations qui existent déjà. Il s'agit dans tous ces cas de technologies commercialement viables et propres, sans aucun besoin d'attendre des années de recherche. Ce sont là des sources locales d'énergies renouvelables et non-intermittentes, une chance pour une économie verte de proximité pour toutes nos îles.

Les Brésiliens avaient compris cela dès 1973. D'autres, surtout en Occident, se mirent dès la première crise du pétrole à la recherche de sources alternatives et s'attelèrent à la maîtrise de la demande. Le nucléaire, le gaz, le charbon mais aussi la conservation de l'énergie et l'efficacité énergétique furent certaines des solutions identifiées. Mais malheureusement, on ne prit pas en compte ce que disait Schumacher dans ''Small isBeautiful'', paru aussi en 1973.

En ne reconnaissant pas de limites à la croissance économique, toutes ces solutions identifiées ne font que participer à une logique consommatrice dangereuse à l'équilibre de la planète. Les sources alternatives ne font que mettre en valeur la nature incontournable du pétrole sans jamais menacer de le remplacer. Les économies d'énergie ne diminuent pas la demande en terme absolue. Il y a uniquement des compromis avec le système dominant où le pétrole demeure roi, jamais une vision à faire émerger une autre manière de développer plus juste et plus durable.


Conclusion

Aujourd'hui, ce qui menace l'Egypte, la Syrie, Israël et tant de pays, surtout les régions côtières et insulaires, c'est un ennemi commun. Il s'agit, d'abord, de leur dépendance sur l'or noir. Mais il y a pire avec le changement climatique qui ne fera qu'exacerber leur vulnérabilité. L'accès à l'eau, à la terre et à la nourriture, comme l'adaptation et la résistance aux phénomènes climatiques, est un enjeu vital qui repose souvent sur la disponibilité énergétique. L'explosion démographique plane également comme une épée de Damoclès sur tant de ces pays engendrant des possibilités de conflits graves.

Entretemps, ceux qui jouissent de ce système global nourri par l'oligarchie pétrolière se donnent même une image des plus ''vertes''. Ils savent qu'avec l'épuisement des réserves, un avenir hybride peut faire prolonger leur suprématie. C'est, au fait, une vraie aubaine pour eux aussi longtemps que leur pouvoir économique n'est pas remis en question. La politique et les média comme les institutions de formation et de recherche finissent par devenir souvent des agents au service de cette toute puissance pétrolière.

Réinventer les modes de production et de consommation d'énergie est, peut-être, notre meilleure arme face à l'oligarchie pétrolière. Le changement est plus facile dans nos îles si fragiles où le concept ''Small isBeautiful'' est plus pertinent que jamais. Une approche holistique dans la gestion de l'énergie nous ramène aussi à une nécessaire responsabilisation de chaque instance, de chaque partie concernée, de chaque citoyen, de chaque être.

Il faut que s'éveille en nous une conscience intime que le changement de notre monde passe par une transformation intérieure fondée sur la maîtrise de soi. Notre lien avec la chose énergie est plus qu'un acte économique, écologique ou politique. C'est une question de foi, de courage et de dignité...

 

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