Quelle éducation sexuelle pour nos enfants?


A ma fille, à mon fils, que dois-je transmettre et faire transmettre comme éducation sur la sexualité ?

En tant que père, en tant que mère, notre responsabilité est uniquement de ' transmettre'. Y compris par notre propre exemple. Nous le faisons de toute manière que ce soit par un engagement actif ou, par défaut et inconsciemment, par notre démission laissant aux autres le soin de façonner le cœur de notre enfant. Ce dernier vivra sa vie et aura à répondre de ses actes. Ali, le plus jeune à embrasser l'islam au temps du Prophète (saw), dira qu'il faut préparer nos enfants pour une époque qui ne nous appartient pas.

Comprenons qu'il s'agit bien d'une 'éducation', l'effort de transformer l'être, de le cultiver, de l'élever, selon le terme latin 'educo'. En arabe, il s'agit de 'tarbiyah', ou l'épanouissement intégral de la personne. L'éducation sexuelle est donc une initiation au sens que donne la sexualité à notre conception de la vie et de la mort. Et aussi à la vie après la mort, ici-bas comme dans l'au-delà. Il est question de notre vision de l'homme et de la femme, de la famille, de la société. Réduire ce sujet une affaire qui ne concerne que l'individu, son corps, son savoir et savoir-faire biologiques ou techniques, c'est faire de l'éducation une simple instruction de faits.

D'ailleurs, il incombe de faire un état des lieux de notre système d'éducation, ou de ce qu'il en reste face aux tentatives d'en faire un grand business. Tout, ou presque, est question d'argent. Et ceci nous place pleinement au centre de notre réflexion sur la sexualité. Avec l'argent, s'achètent le pouvoir, la gloire, l'apparence et le plaisir. Notre monde est hyper-sexualisé allant des contours d'une chopine au langage de notre quotidien en passant par les modes vestimentaires. La séduction est une entreprise incontournable jouant sur une érotisation qui n'épargne même pas les enfants. Tout doit être sexy pour attirer et être accepté, un bon projet charitable comme une personne qui vieillit.

Or ce culte du matériel est un problème fondamental : rien n'y est durable. L'argent, le pouvoir, la gloire, l'apparence et le plaisir se pourchassent dans une contre-la-montre interminable. C'est l'érosion des valeurs humaines, la perte des repères moraux, la disparition de la famille, l'exploitation des ressources humaines et naturelles, l'incapacité des religieux à répondre aux défis modernes. C'est dans ce cadre qu'il faut insérer notre volonté à éduquer nos enfants à la sexualité afin qu'ils ne deviennent pas les esclaves de leurs désirs. Et pire, des désirs des autreset de ceux qui manipulent une société de consommation outrancière. Les média, les tendances, l'industrie du jeu et du sport de compétition abusive, les films et les 'people', à l'heure de l'internet haut-débit et de la globalisation, confondent davantage cette relation entre le temps et le matériel. La barrière entre ce qui est permis, ou non, en termes d'expériences sexuelles ne semble plus exister. Il est interdit d'interdire.

Et l'islam...

L'islam fait de l'éducation une obligation pour les femmes comme pour les hommes. L'éducation sexuelle n'a jamais été un tabou à l'époque du Prophète (saw). La pudeur n'empêche nullement à une musulmane, ou un musulman, de s'éduquer concernant son corps, son esprit, son cœur mais aussi à propos de sa relation de couple et de la dimension sociale de sa sexualité. La séduction est permise, nécessaire et encouragée même, mais jamais hors du cadre conjugal. L'intimité sexuelle est un acte d'adoration du Créateur lorsqu'elle se situe dans l'ordre naturel et légal. Il ne peut y avoir alors de culpabilité, mais bien d'un sentiment de jouissance d'un plaisir légitime. Le Coran parle de l'homme étant un vêtement pour la femme, et vice-versa. Le rapport sexuel rapproche ainsi les conjoints et les élève aussi dans l'obéissance du Créateur et dans la soumission de plein gré à Sa Volonté. C'est également une libération face aux attirances et tensions qui assaillent la personne comme le couple. Un bouclier contre toutes les séductions externes. Sans oublier, qu'il y a le don de la vie lorsque le Créateur le décide...

N'en déplaisent à certains, mais il y a et il faut des lois. Les traditions morales et religieuses se rejoignent en prônantla fidélité et en prohibant l'homosexualité, par exemple. Elles divergent sur la polygamie, le divorce ou des actes sexuels spécifiques. Que les élus d'une République s'en inspirent, ou non, est une autre question. Toutefois, lorsque nous évoquons l'éducation sexuelle de nos enfants, il ne s'agit pas de leur donner une formation pratique, maisde leur inculquer une éthique et un savoir-être. Il faut aussi les faire connaître les faits et les réalités pour un comportement digne et respectueux en matière de sexualité. Ce devoir revient aux parents d'abord, même lorsque l'école est impliquée.

Ainsi, avant d'introduire un programme d'éducation sexuelle, il faudra engager un dialogue et une consultation avec toutes les parties concernées, à commencer par les parents. Loin de nous l'idée d'inviter des religieux dogmatiques dans un débat qui risque de déraper, il faut tout œuvrer pour impliquer les parents dans le processus envisagé. Ces derniers sont les premiers concernés, les premiers responsables, et souvent les premiers accusés. Si la famille n'est pas le premier lieu des abus sexuels, il demeure que tant de choses y passent allant deremarques sexistes et homophobes à la diffusion de films auxquels les enfants sont vulnérables. Les corps religieux et les associations socioreligieuses doivent,eux,informer, sensibiliser et éduquer les adultes qui ne savent souvent pas plus que leurs enfants ce que la religion dit sur la sexualité. Une famille éduquée devient un espace de refuge contre les dérives sexuelles et un rempart contre les dangereux prédateurs à l'extérieur.

L'islam nous enseigne que notre foi est intrinsèquement liée à notre comportement sexuel. Il y a une éthique musulmane par rapport à hygiène corporelle, aux relations conjugalesmais aussi au regard, à l'habillement et à la pudeur. La fidélité est une question de confiance, un contrat devant Dieu. Le Créateur est témoin de ce que les hommes ne voient pas, jusqu'à ce qui se passe dans la profondeur de nos cœurs.La gestion de nos sentiments, de nos désirs et de nos pulsions est la première des jihad. Le mauvais jeu de la séduction corrompt les cœurs et mène au culte du matériel, donc très loin du Créateur. Entre les fantasmes des Milles-et-une nuits et le rigorisme de certains religieux ascétiques, il y a la voie du juste milieu. Il s'agit de chercher l'équilibre de notre être spirituellement, mentalement, émotionnellement, physiquement et socialement.

Le Coran se réfère au plaisir de ce monde, non comme une finalité, mais comme pouvant être une épreuve et un moyen afin de s'approcher de Dieu. L'au-delà est infiniment durable, incomparable sauf que le but ultime demeure Dieu Lui-même. La sexualité est un parmi Ses Signes, un cheminement dans la dignité pour celles et ceux qui aspirent au bien, à l'amour et à la paix.

Et parmi Ses Signes, Il a crée de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous l'affection et la bonté. Il y en a là des preuves pour des gens qui réfléchissent. (Le Coran 30 :21)

 

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