Politique et société

On en voit beaucoup dans la politique. Tel politicien connaît tout ce qui se trouve dans le coeur de son adversaire, tel autre est spécialiste dans l’interprétation négative des propos de celui qui l’oppose, et tel qui connaît mieux que son prochain ce que ce dernier a derrière la tête. Cela a fini par compartimenter les gens en partisans de X ou de Y, par les réduire à être des suiveurs d’un parti ou d’un autre, à faire d'eux des dépôts fixes. On compte tellement sur eux que finalement ils ne comptent plus!

La politique reflète au fait la société et nous n’avons, souvent, que les politiciens que nous méritons. Que ce soit dans la famille ou dans le travail, nous voyons le même phénomène de procès d’intentions et de formation de clans. Et cela peut finir de manière tragique des fois!

Religion

Lorsque la religion connaît le même sort, il en resulte des divisions très graves. Un frère soupçonne son frère d’être de mauvaise intention, un imam déclare “dans dilo” les prières d’un musulman, une soeur condamne une autre à l’enfer. L’histoire du dernier siècle a produit un homme dont l’histoire doit nous inspirer. Il s’agit de Said an Nursi. Lorsqu’il s’était opposé au calife Abd al Hamid II en 1908, il y en avait qui criaient au sacrilège. Lorsqu’il devait soutenir, plus tard, Mustafa Kemal, d’autres diraient, sans doute jusqu’aujourdhui, qu’il était contre l’islam. Sur la base des ces deux faits, on l’aurait pris pour un infiltré, un agent des colonialistes occidentaux.

Toutefois, tout le monde sait que son opposition contre le calife était au nom de l’islam et son soutien temporaire à Mustafa Kemal était dans un contexte précis face à l’occupation ennemie. Said an Nursi avait toujours été au service de l’islam. Ceux qui le combattaient voulaient aussi l'acheter, mais il n'était pas à vendre.

Infiltration ?

La pire des infiltrations que nous vivons aujourdhui, ce sont les attaques qui pleuvent sur ceux qui veulent un juste milieu. D'un côté, il y a les néo-conservateurs, les sionistes, les xénophobes, les laicards, et les islamophobes de toutes sortes et de l'autre il y a les littéralistes, les traditionalistes et les extrémistes de tous bords. Lorsqu'au milieu se trouve une masse silencieuse qui ne réfléchit pas toujours, qui refuse l'épreuve de l'engagement et se laisse gagner par l'amour de ce monde, c'est évident que la réforme de notre société devient très difficile.

Le jsute milieu

Le phénomène Tariq Ramadan, aujourdhui professeur à Oxford, n’est pas sans rappeler l’histoire de Muhammad Iqbal,formé à Cambridge plus d’un demi-siècle auparavant. Comme tous ceux
qui prônent le juste milieu, ils deviennent facilement la proie de ceux qui campent sur des positions extrêmes. Et de quelques frustrés, souvent en panne de publicité. Contre cela
on ne peut rien faire.

Par contre, il faut impérativement qu’au sein de la masse silencieuse, des consciences se réveillent et s’engagent dans la réforme sur la voie du juste milieu. Il est du devoir des
intellectuels, des cadres associatifs, des travailleurs sociaux, des éducateurs, des politiques, des citoyens, des jeunes, hommes et femmes, musulmans et non-musulmans, de se libérer de
toutes les peurs qui les retiennent et de s’impliquer dans la construction, ensemble, d’un monde plus juste. Les penseurs que sont Muhammad Iqbal ou Tariq Ramadan ont fait ce qu’ils ont à faire, c’est au reste de la société d’assumer, chacun, son rôle.

Les extrêmes

Il est évident que le message du juste milieu gêne ceux qui veulent le pouvoir, qui veulent le garder ou qui en veulent plus. C’est vrai pour la politique, mais également en ce qui concernent
l'économie et l’influence culturelle ou religieuse. C’est pourquoi, comme Muhammad Iqbal à son époque, Tariq Ramadan est attaqué tant par les laïcards que par les ultra-conservateurs religieux, tant par l’extrême droite que par certains beaucoup plus à gauche, tant par les néo-impérialistes que par le troupeau qui se laisse mener. Au niveau international, nous voyons aussi les pires contradictions entre le traitement digne qu’il reçoit en Angleterre et le refus jusqu’ici de l’administration Bush de lui permettre de répondre à une invitation d’enseigner aux Etats-Unis.

Les obstacles

Le clash des civilisations risque de devenir un “self-fulfilled prophecy” si la réflexion réformiste des penseurs musulmans du juste milieu n’est pas traduite en des actions concrètes de part et
d’autres.Qu’est-ce-qui empêche les gens à s’impliquer davantage dans un engagement commun? Souvent ce sont ausside petites choses comme le doute, le soupçon, la rumeur ou
encore la zizanie que sèment quelques individus afin de démotiver les gens. Certains en font une question de personne, d’autres s’arrêtent à l’arbre qui fait oublier toute la forêt, et il y
en a qui y voient une excuse pour rester dans leur léthargie.Et que dire d’une poignée de journalistes qui y trouve une source de sensationalisme. Sans oublier les tentatives multiples
d’instrumentalisation à des fins bassement politiciennes. Ce qui en resulte c’est que l’engagement sur la voie du juste milieu est un vrai parcours de combattant.

Construire des ponts

Une personne suffit pour détruire un pont, et cela ne prend qu’une seconde. Ce qu’il faut absolument contre cela c’est la mobilisation de toutes les personnes de bonne volonté dans le but de construire, ensemble, des ponts et d’empêcher un vrai clash de civilisations. Ce n’est plus une question de choix, mais c’est une obligation humaine face aux dérives politiques,
économiques, culturelles et religieuses que nous voyons autour de nous. Et notre pays doit être un exemple au monde d’une libération totale de toutes les formes d’esclavage moderneallantde la dictature à l’intolérance religieuse en passant par la pauvreté et les fléaux qu’elle engendre.

Conclusion

Dans son fameux Jawab Shikwah, Muhammad Iqbal commence en affirmant que les paroles qui viennent du coeur finissent toujours par avoir un effet. Ainsi est le message du juste milieu, il
vient du coeur et finira par être traduite dans la réalité.

Quand, et par qui est-ce-que cela se fera? Muhammad Iqbal termine son poème en disant que le Créateur nous offre plume et tablette pour écrire l’histoire du monde. A nous d’être à la
hauteur, insha Allah.

Khalil

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