Les lauréats du Loto...

Le Mauricien 25112010

LETTRE OUVERTE AU MINISTRE DE L'ÉDUCATION

KHALIL ELAHEE

Ils sont nombreux les "ex-futurs-lauréats". Donnés comme "banker", on n'entend pas, malheureusement, leurs noms le jour de la proclamation des lauréats. Des fois, ce sont leurs amis moins doués qui raflent les bourses… Ces favoris qui se classent juste après les lauréats auront, désormais, une chance, semble-t-il, avec le Loto. Mais cela ne veut nullement dire qu'ils doivent se laisser gagner par le virus du jeu afin d'augmenter leurs chances ! La réussite se trouve dans le travail, toujours !

Il apparaît que 38 bourses additionnelles seront financées à partir du Loto. Contrairement au système actuel où l'éducation, comme la santé ou la sécurité sociale, n'est PAS tributaire d'une seule source de financement bien spécifique, il y aura dorénavant des lauréats que nous pourrons considérer comme ceux du Loto ; si eux-mêmes, ou leurs parents, ne jouent pas et y objectent - question de conscience -, la récompense de leurs efforts se trouvera exclusivement liée à une loterie.

Il y aura aussi, comme maintenant, une autre catégorie de lauréats. Ils seront soutenus par le fonds central du Gouvernement, donc ne seront soumis à aucune objection éthique, morale ou religieuse particulière. Jusqu'à preuve du contraire, les revenus de l'Etat ne proviennent pas principalement du Loto, ou même de l'alcool, du tabac et des autres jeux du hasard. Comme tel a été le cas par le passé, ces derniers lauréats récolteront toute la gloire et une parfaite reconnaissance de leurs efforts. Pour les "lauréats-Loto", en particulier lorsque référence sera faite à la pauvreté de certains, cela risque d'être plus une humiliation qu'une récompense. Parce que nous ne trouvons pas mieux que de l'argent s… pour les honorer dignement ! Nous n'avons trouvé rien de mieux que ces activités blâmables, que nous condamnons de manière plus ou moins générale, afin de valoriser l'intelligence et le dur labeur de nos plus brillants éléments ; l'humiliation est d'autant plus grande lorsqu'ils sont issus de familles proclamées " défavorisées ".

Or tous, sans exception aucune, méritent amplement nos félicitations et notre soutien. Qu'ils soient riches ou pauvres, il faut permettre à nos enfants non seulement de poursuivre leurs études, mais surtout de se mettre, éventuellement, au service du pays. Les pays développés et émergents ne seront que très heureux de nous les " voler " ; ils subissent un manque sérieux de cerveaux. Ainsi, s'il est impératif d'accroître le nombre de boursiers, il faut s'assurer qu'ils intègrent notre monde du travail et notre société à l'issue de leur formation. Cela ne peut commencer par une humiliation en les récompensant à partir de ce qu'un éminent éditorialiste du TIMES avait nommée " une taxe sur la stupidité ".

Au moment de la proclamation des résultats, il n'y a qu'un seul vœu que partage tout le monde, des parents aux candidats en passant par les recteurs, les enseignants et les amis : que le meilleur soit récompensé ! Croire que nos lumières émergentes pratiqueraient l'apartheid des classes entre eux, ou n'importe quelle forme de discrimination, c'est mal les connaître. Il n'y a pas lieu de retenir d'autres critères que la méritocratie pure afin de désigner les lauréats.

Que la maladresse, la maladie ou la malchance puissent troubler l'ordre des lauréats à l'arrivée, cela fait partie de la réalité de la vie ! L'essentiel, c'est de reconnaître l'excellence, même si elle habite un candidat dont le "malheur" serait d'être né dans une famille qui touche dix ou vingt mille roupies par mois. Un enfant ne peut être pénalisé sur le point que ses parents ne sont pas… suffisamment pauvres !

Quant à la très légitime lutte contre la pauvreté, pour l'égalité des chances et pour la justice sociale, elle doit se livrer sur d'autres fronts qui sont porteurs de résultats directs et visibles. Traitons tous les lauréats avec le même respect. Et s'ils sont plus nombreux, tant mieux !

 

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