En attendant 2015...

Par Abu Abdallah
Que peut-on retenir des dernières élections générales ? Les analyses n'ont pas manqué, les unes plus politiquement "correctes" que les autres. Et la vie semble avoir repris son cours…

Il n'y a rien à ajouter. Sauf qu'il paraît, des fois, que nous sommes prisonniers d'une illusion. Nos yeux voient une chose, alors que la réalité est, probablement, tout autre.

Sinon, pourquoi se fait-il que nous cherchons tant à voiler, à masquer ou à maquiller ce qui est si apparent ?

D'abord, il y a ce visage que nous donnons à la politique. Elle est devenue une vraie idole, la déesse moderne du pouvoir. Au lieu d'être un instrument au service des autres dans la gestion des affaires de la société, la politique s'est imposée comme une finalité en soi, un symbole de suprématie, un objet de culte.

Dans le contexte mauricien, on a, d'ailleurs, souvent, assez de mal à établir une ligne de démarcation entre les sphères religieuses et politiciennes. Les acteurs sont, des fois, les mêmes. Les méthodes se confondent. De nombreuses plateformes abritent les deux en même temps.

Il n'y aurait eu aucune contradiction si, dans leurs actes également, les politiques faisaient davantage preuve de conscience religieuse. Et si les hommes de foi pouvaient apporter une alternative comme projet de société. Or, il n'y a presque rien de politiquement concret dans les discours des religieux, et presque rien d'inspiration religieuse dans ceux des politiques.

Entre l'émotivité et la manipulation, sont ainsi retenus comme otages des femmes et des hommes qu'on subdivise, allègrement, en communautés et castes. Au grand dam de ceux qui ne se retrouvent pas dans ces clivages, et se désintéressent ainsi de la politique. Le taux d'abstention a gagné plus de 10% depuis 1982.

Mais s'il y a un intérêt qui domine au-delà des blocs politiques et des groupes dits "socioreligieux", c'est bien l'économie. On estime à plus de Rs 500 millions la somme engloutie dans les dernières élections. D'où provient tout cet argent ? A qui profite une telle générosité ? Who owes whom a living ? A qui peut bien revenir le jackpot ? Et dire que les élections se sont organisées en à peine un mois !

Ni faut-il croire qu'il suffit de mentionner "Dieu"

pour donner une légitimité morale à un discours…

Le comble, aussi, c'est que certains "religieux" ont des revendications d'ordre on ne peut plus matériel. Allant de nominations qui défient toute méritocratie aux terres de l'État en passant par une part du gâteau national pas toujours sacré, tout est marchandage. Il n'est ainsi nullement étonnant de voir dans les programmes électoraux qu'une infime référence à des valeurs. Plus qu'une éthique, c'est la logique néolibérale qui prime, d'abord, dans ce que proposent les politiques. L'exemple le plus flagrant est le projet Maurice Ile Durable où il n'existe rien d'autre qu'un renvoi à une utilisation minimale d'énergies renouvelables. La gourmandise capitaliste, qui fait obstacle au concept de "durabilité", n'est jamais remise en question.

Ni faut-il croire qu'il suffit de mentionner "Dieu" pour donner une légitimité morale à un discours. Contre le rejet du fait religieux dans le domaine public que prônent certains, ce qu'il faut ce sont des projets et des actes accomplis en toute humilité, sans tambour ni trompette. Sans s'attendre à un gain matériel quelconque en retour. Si notre récompense vient du Très Haut, il n'y a pas lieu de chercher la reconnaissance des hommes avec obstination. La foi est une affaire de témoignage sincère et profond, intelligent, le plus souvent discret. Jamais une litanie de mots cachant un discours creux, une insulte à tout esprit critique. Un leader qui ne fait pas ce qu'il dit n'est pas moins hypocrite lorsqu'il est religieux que lorsqu'il est politique.

Et si notre éthique est essentiellement universelle, il ne fait pas de doute que nous devons nous ouvrir aux autres et être au service des plus vulnérables, sans aucune distinction. Le communalisme tant décrié, souvent par ceux qui sont au fait ses plus grands promoteurs, a un trait qui ne peut nous échapper. Il n'a rien à faire avec notre lien avec l'Unique. Il ne nous élève jamais dans notre foi, mais nous ramène à l'instinct animal. Il se nourrit de nos sentiments les plus primaires, jusqu'à pousser les hommes à la peur, à la haine, à l'injustice et à la violence, verbale et physique. Si ce sentiment communal est en nous, nous pourrons momentanément le voiler, le masquer ou le maquiller. Mais il finira par surgir au grand jour car il est contraire à une foi qui place notre confiance totalement en l'Unique.

Conclusion

Rien ne changera aussi longtemps que nous ne nous changeons pas nous-mêmes. Notre classe politique reflète la réalité de notre société. Le politicien le plus rusé n'est pas celui qui comprend le mieux notre fonctionnement communal. Il est celui qui arrive à traduire cette réalité en un tremplin pour accéder au pouvoir. Il ne changera pas les règles du jeu. Non parce qu'elles lui garantissent le succès, mais parce que nous ne méritons pas mieux. Si nous changeons, il devra changer pour survivre…

Le chemin sera long, très long. Toutefois, nous n'en connaissons pas d'autres. Contre vents et marées, il faudra avancer. Il y aura, des fois, peu de compagnons sur ce chemin, mais c'est le nôtre. C'est le chemin de la droiture, de la justice, de la générosité. Du respect, de la persévérance, de la dignité. De la confiance, de la foi et de la paix. Le chemin qui mène à la source de La Paix.

Comment pourra-t-on cheminer si nous ne faisons pas preuve d'humilité ? Nous ferons des erreurs parce que nous sommes des humains, mais il faudra se relever à chaque chute. Retourner vers le chemin si jamais on commence à s'égarer. Ne pas avoir honte à chercher l'aide des autres compagnons qui cheminent comme nous, avec nous. Des êtres de foi et de bien qui se soutiennent dans la vérité et la patience. Avec intelligence et compassion. Cherchant ni récompenses ou remerciements ici bas, mais uniquement à témoigner qu'il n'est de dieu que Dieu. Au-delà de tout pouvoir, tout avoir et tout savoir.

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