Devoir de mémoire

par Abu Abdallah

Inculquer une culture de dialogue et de respect
A quoi bon revisiter le passé ? Est-ce afin d'établir la vérité, la justice ou
encore la réconciliation ? Afin d'apporter une réparation, financière par
exemple ?
Afin de ne pas répéter les mêmes erreurs ? Afin d'en tirer un quelconque
profit, politique ou autre ?
La mémoire doit-elle être sélective ? Doit-on évoquer uniquement ce qui ne
gêne pas ? Ou seulement ce qui nous convient ? Sinon uniquement ce qui est
politiquement correct ?
Doit-on également prendre une certaine distance par rapport au passé afin
d'assurer une vraie objectivité ? Peut-on être juste lorsqu'on analyse
intimement notre propre histoire ?

Jusqu'à quel point peut-on se défaire de son passé ? Doit-on en rester le 
prisonnier et le laisser prendre en otage toute notre destinée ?
Nous n'avons pas de réponses à toutes ces questions.

L'islam
Toutefois, en tant que musulmans, nous ne pouvons ignorer le fait que le Coran
regorge de références historiques. Le devoir de mémoire est au cœur du message
de l'islam.
Son objectif est à chaque fois le même : se rappeler des signes de l'Unique
pour se rapprocher de l'Unique. Et de comprendre qu'à Lui nous appartenons, et
à Lui est notre retour...
Il est également rappelé que nous ne sommes nullement responsables des actes
de nos ancêtres. Aucun fils ne répondra pour son père. Cependant, ce dernier a
la charge du premier jusqu'à ce qu'il n'atteigne l'âge de conscience.
Quel était l'exemple du Prophète (saw) et de ses compagnons face à ce qu'ils
pouvaient hériter comme épreuves de la vie ?
On ne cesse de rappeler que le Prophète (saw) était dès sa naissance orphelin
de père. Que sa mère, puis son grand-père quittèrent ce monde alors qu'il
n'avait pas encore dix ans. Qu'il grandit au sein de la très modeste famille
d'Abu Taleb. Qu'il devait faire face aux pires persécutions à la Mecque le
poussant à émigrer à Médine. Laissant derrière lui, comme tous ceux qui
devaient émigrer, tout ce qu'il avait.
Et que fit-il en entrant plus tard à la Mecque en conquérant incontesté ? Il
leur rappela les paroles qu'avant lui Joseph avait eues pour ses frères : "
Pas de reproche... "
Pardon, générosité et paix
À ses côtés était Bilâl, jadis esclave d'Abyssinie. Son maître d'antan, le
puissant chef mecquois Umayya bin Khalaf, ne pouvait accepter sa conversion à
l'islam. Pour lui faire renier sa foi en l'Unique, Bilâl était placé sur des
sables brûlants, de grosses pierres lui écrasant le corps, exposé au soleil du
désert. Il ne sortait de sa bouche qu'un seul mot : " Unique... Unique... Unique...
"Abu Bakr, le fidèle compagnon du Prophète (saw) paya une fortune pour le
libérer.
Bilâl devint le premier muezzin de l'islam. Et à la conquête de la Mecque,
c'est à lui qu'échut l'honneur d'appeler à la prière pour la première fois à
la Kaaba.
Pieux parmi les pieux, il était d'une modestie remarquable. A ceux qui lui
faisaient des éloges, il répondit : " Il n'y a pas longtemps encore, j'étais
esclave... "
Son histoire n'était pas une exception.

Salmân ; Suhayb ; Yasîr ; Ammâr ; Zayd ; Usâma ; Salâm ; Summaya ; Umm Ayman...
Le Prophète (saw) pratiquait l'inclusion des ex-esclaves, hommes et femmes, au
sein de la société, jusqu'au sein de sa propre famille. Ainsi se formait une
communauté de foi qui transcendait les différences de couleur, de tribu,
d'origine ou d'ethnie.
En résumé, relevons que le devoir de mémoire en islam est lié au rappel de
l'Unique. Que chaque être est responsable de ses actes. Que le pardon, la
générosité et la paix ne sont nullement contraires à la réparation, à la
justice et à la vérité. Et que c'est seulement par une politique inclusive
qu'une nation arrive à se construire.
Aujourd'hui et ici
L'esclavage, l'engagisme et la colonisation ont laissé des séquelles chez
nous. Et ce qui menace notre société comme une bombe à retardement aujourd'hui
n'est rien d'autre que le communalisme.
La violence organisée qui prend de l'ampleur chaque jour est comme un
détonateur.
Il faut tout faire pour éviter la rencontre de ces deux éléments.
D'un côté, il faut faire de sorte que notre devoir de mémoire ne vienne pas
renforcer le communalisme. En tant que musulman, ce serait une déviation de ce
qu'exige de nous la religion.
De l'autre, il faut casser une culture de violence qui a sa source dans notre
quotidien, allant des paroles que nous utilisons aux films que nous regardons
bêtement.
L'effort que chaque être doit exercer pour la maîtrise de soi est un "jihad"
dans le sens premier de ce terme.

La violence peut aussi être expliquée par les frustrations grandissantes que
des gens ressentent vis-à-vis de nombreuses institutions. Celles-ci doivent se
réveiller avant que ce ne soit trop tard.
Il est impératif d'inculquer, surtout à nos jeunes, une culture de dialogue et
de respect. Un esprit critique qui s'exerce dans l'humilité et la tolérance.
Le sens d'un engagement volontariste au service des autres, sans distinction
aucune, et particulièrement les plus vulnérables...
Il faut une vraie politique inclusive. Cela n'est possible que dans le respect
de l'identité de chacune et de chacun. Parce que nous sommes tous, également
et de façon égale, des citoyens mauriciens.
Nous sommes tous des frères et des sœurs de la grande famille humaine.
Et lorsque nous savons que la plupart de nous affirmons croire en Dieu, notre
Créateur à tous, aimer Ses créatures doit être un signe visible de Son Amour.

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