Un appel au dialogue

Par Abu Abdallah

Quinze années après le début de la Révélation, les musulmans sont devenus très nombreux. Et ils sont fermement établis à Médine. Le Prophète (saw) consulte ses compagnons à propos d’un moyen de leur appeler aux prières à la mosquée. Les cinq prières quotidiennes sont un devoir de conscience, un moment d’intense spiritualité et un acte profond de communion de ceux qui partagent la même foi.

On lui suggère la corne des juifs ou la cloche des chrétiens, communautés qu’ils connaissent bien à Médine. D’autres proposent d’allumer un feu ou de flotter un pavillon aux heures de prière. Rien ne semble régler la question.

Un homme, Abdullah bin Zayd, remarque l’anxiété du Prophète(saw) et il est profondément troublé par la question. Il fera un rêve où il entend un appel chanté à haute voix. Il retiendra les paroles. Lorsqu’il rapporte ce rêve au Prophète (saw), celui-ci semble comblé. Et à Umar d’affirmer que, lui aussi, a fait le même rêve. Le Prophète (saw) demandera à Bilal, esclave abyssinien affranchi, de monter sur une élévation et de proclamer les paroles entendues par Abdullah bin Zayd.

L’appel

Sa voix s’élèvera, quatre fois, pour dire la grandeur absolue de Dieu, " Allahu Akbar ! ". Ensuite il répètera son témoignage qu’il n’y a de dieu que Dieu. Et que Muhammad (saw) est Son Envoyé. Il poursuivra en annonçant " Venez vers la prière, venez vers la prière. Venez vers le succès, venez vers le succès ". Et il terminera en affirmant, de nouveau, la grandeur absolue et l’unicité de Dieu au-delà de toute chose.

Si l’appel n’est pas une prière dans le strict sens du terme, il n’empêche qu’il est beaucoup plus qu’un symbole. Puisqu’essentiel à la prière prescrite, l’appel est un rituel lourd de sens que le musulman doit écouter, attentivement, reprendre les paroles à voix basse comme dans son cœur, et bien sûr, y répondre en se joignant à la congrégation. Le Prophète (saw) enseignera aussi à ceux qui entendent le muezzin d’invoquer Dieu, intimement, immédiatement à la fin de l’appel.

Pour l’aube, une phrase additionnelle se fera entendre deux fois " La prière est meilleure que le sommeil ". L’appel sera aussi utile pendant le mois du Ramadan pour annoncer le début et la fin du repas qui précède le jeûne. En une occasion de mauvais temps, au lieu d’inviter les fidèles à la mosquée, le muezzin sera instruit par le Prophète (saw) de leur ordonner de prier à domicile. Jusqu’aujourd’hui, outre les appels pour les prières obligatoires, le muezzin peut aussi se faire entendre pour annoncer la prière surérogatoire du milieu de la nuit ou encore la naissance de la nouvelle lune.


Au fil des siècles, de Cordoue à Delhi, de Tombouctou à Sarajevo en passant par les métropoles du monde musulman, la mélodie de l’appel à la prière a, plus d’une fois, rappelé aux consciences des êtres qui oublient, que Dieu est proche de ceux qui font l’effort de se souvenir de Lui. La spiritualité et l’esthétique se marient dans cette sublime voix humaine qui cherche à faire jaillir l’étincelle qui est en chaque être. Quand le culte de l’apparence matérielle veut faire les humains ses esclaves, l’appel du muezzin est une libération et une invitation vers l’Infini.

La modernité

Avec la modernité, vient l’épreuve. Parce que si l’appel à la prière n’est nullement problématique en soi, les techniques et les technologies de diffusion de ce même appel demandent à être gérées avec sagesse. Les minarets se sont vite dotés d’équipements de sonorisation hi-tech. Cette innovation, en aucun cas une obligation, est bienvenue car elle ne compromet aucunement la nature de la prescription islamique d’appeler à la prière. Elle est acceptable en islam si elle offre plus de bénéfices que d’inconvénients.

Il demeure que la formation des muezzins est importante. Dieu est Infiniment Beau et Il aime ce qui est beau. Et Ses serviteurs font les choses avec un souci permanent de perfection. Avec les prouesses de la technologie moderne, il est désormais possible de moduler les niveaux des haut-parleurs dépendant de la région vers où ils sont orientés. Comme il faut également synchroniser les appels dans des régions où il y a plusieurs mosquées dans une région relative contiguëe.

Le monde pluriel où nous vivons, et Maurice est un exemple par excellence, implique également que beaucoup de personnes, qui ne sont pas directement concernées par l’appel du muezzin, se trouvent dans la zone couverte par les haut-parleurs. Lorsque le vivre-ensemble est harmonieux, il n’y a aucune nécessité aux autorités d’intervenir. C’est le respect qui prédomine, sinon un désir ardent de coexister qui nous fait relativiser les difficultés actuelles. Lorsque le respect n’y est pas, c’est la tolérance qui fait le jeu. On souffre mais on s’y accommode parce que les autres font de même lorsque nous les faisons souffrir. Jusqu’ici, cela a plutôt marché. Et les nombreux témoignages, surtout ceux de non-musulmans dans ce cas précis, nous montrent qu’il y a généralement une grande maturité en ce qui concerne l’entente entre les individus de différentes confessions religieuses.

Le droit individuel

C’est lorsque le vivre-ensemble est compromis que les autorités doivent intervenir. Puisque nous sommes dans un État de droit, tout citoyen peut se tourner vers la justice et chercher réparation s’il considère qu’il est victime de ce vivre-ensemble. Puisque nous sommes arrivés jusque là, il faut se rendre à l’évidence que notre société peut être, tout à la fois, harmonieuse et fragile. Entre le sentiment qu’il faut préserver le bien-être de la société et, d’autre part, sauvegarder le droit de chaque individu, il s’agit, d’abord, de faire preuve de sagesse.

Ce n’est pas un arsenal de lois qui nous permettra de sortir de l’impasse où nous sommes aujourd’hui. L’appel à la prière n’est pas un bruit qui se mesure en décibels, mais un message de paix adressé aux êtres qui cherchent à apaiser leurs cœurs en se tournant vers Dieu. Il ne faut pas confondre le rêve inspiré d’Abdullah bin Zayd avec les capacités d’un haut-parleur. Dire qu’il faut remplacer l’appel par des textos ou autres gadgets de notre ère relève aussi d’une incompréhension profonde de ce qui nous arrive. Savons-nous que les plus grandes foules dans les mosquées sont observées pour les prières de la Eid où il n’y a aucun appel, et pour celle du vendredi dont le vrai appel n’est jamais diffusé par haut-parleur?

Conclusion

Concrètement, il faut renouer avec le dialogue et laisser le bon sens agir. Ce n’est pas à force de lois que le vivre-ensemble se consolide, mais par la miséricorde de Dieu qui se trouve dans les cœurs de Ses créatures. C’est impératif que les autorités locales jouent un rôle de facilitateur-médiateur, et non qu’ils démissionnent et se remettent aux lois qui, souvent, sont obsolètes tant dans la forme que dans le fond. Nous pouvons changer les règlements, mais qu’en est-il si, demain, les lois sont changées de nouveau pour re-interdire ce qui est permis?

Il faut se demander ce que le Prophète (saw) aurait fait dans une situation comme la nôtre. Le traité d’al Hudaibiyyah, riche en enseignements, pourra sans doute nous inspirer. Alors que tous les compagnons voyaient en la paix que faisait le Prophète (saw) avec les ennemis un signe de recul, la Révélation descendit pour déclarer que c’était, au fait, une victoire éclatante. La confiance en Dieu, l’amour de Ses créatures, la probité intellectuelle et le sens des priorités...voilà ce à quoi l’islam appelle les êtres de conscience.

Renouer avec le dialogue

Il est dommage que le cas de la Mosquée de Quatre Bornes soit arrivé jusqu’au niveau de la Cour Suprême. Car lorsque la loi tranche, il y a toujours un gagnant et un perdant. C’est rarement un win-win situation. S’il y a la satisfaction d’un côté, il y a l’amertume de l’autre. Les ponts sont brisés. Et les jugements peuvent faire jurisprudence et mener à des complications lorsqu’il s’agit de leur mise-en-application.

Dans le passé, nous avons connu des protestations concernant les mosquées de Sodnac ou de Réduit, entre autres. Grâce au dialogue, des solutions, souvent différentes dépendant des cas en questions, ont pu être trouvées. Et les choses peuvent toujours évoluer avec le temps si le dialogue et l’entente sont maintenus.

Ce n’est pas un arsenal de lois qui nous permettra de sortir de l’impasse où nous sommes aujourd’hui. L’appel à la prière n’est pas un bruit qui se mesure en décibels, mais un message de paix adressé aux êtres qui cherchent à apaiser leurs cœurs en se tournant vers Dieu.

Il ne faut pas confondre le rêve inspiré d’Abdullah bin Zayd avec les capacités d’un haut-parleur. Dire qu’il faut remplacer l’appel par des textos ou autres gadgets de notre ère relève aussi d’une incompréhension profonde de ce qui nous arrive.

Savons-nous aussi que les plus grandes foules dans les mosquées sont observées pour les prières de la Eid où il n’y a aucun appel, et pour celle du vendredi dont le vrai appel n’est jamais diffusé par haut-parleur?

Concrètement, il faut renouer avec le dialogue et laisser le bon sens agir. Ce n’est pas à force de lois que le vivre-ensemble se consolide, mais par la miséricorde de Dieu qui se trouve dans les cœurs de Ses créatures.

C’est impératif que les autorités locales jouent un rôle de facilitateur-médiateur, et non qu’ils démissionnent et se remettent aux lois qui, souvent, sont obsolètes tant dans la forme que dans le fond. Nous pouvons changer les règlements, mais qu’en est-il si, demain, les lois sont changées de nouveau pour re-interdire ce qui est permis?

La solution se trouve dans le dialogue.

" ...Nous t’avons accordé une victoire éclatante... " (Le Coran 48 :1)

L’épisode d’al Hudaybiyyah nous enseigne que rien de remplace la confiance en Dieu.

A un moment donné, Prophète (saw) se trouve incompris par ses compagnons. Ces derniers voient dans le Traité d’al Hudaybiyyah un recul inacceptable et un compromis humiliant.

Toutefois, le Prophète (saw) y voit un signe d’une acceptation de la société musulmane par ses ennemis d’hier, une opportunité de paix pour diffuser le message de l’islam, une occasion de consolider les assises de la société musulmane naissante et, finalement, une possibilité d’accomplir l’année suivante le pèlérinage pour lequel ils avaient fait le voyage.

Dieu fit descendre le verset ci-dessus pour rappeler aux musulmans le bien-fondé de la foi du Prophète (saw). Une confiance en Dieu qui a illuminé son intelligence au point où il voit rapidement les perspectives que les autres tardent à voir.

La vision du Prophète (saw), puisée de sa confiance absolue en Dieu, fait de lui un leader exceptionnel. Il accordera ainsi par sa seule lumière, grâce à Dieu, une victoire éclatante qui marquera l’histoire de l’islam. Sans une seule goutte de sang...

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