Les Prophetes - Paix soit sur eux

Par Abu Abdallah

Le mois du Ramadan est béni car c'est le mois de la révélation du Coran. Les croyants y jeûnent cherchant à atteindre une conscience intime de Dieu. Cette piété mène au fait de voir dans le Coran une lumière pour la vie. Non seulement pour ceux qui portent la foi, mais pour toute l'humanité. Ainsi le jeûne mensuel du Ramadan a une portée universelle, appelant les musulmans à s'ouvrir aux autres au nom d'un même et unique Créateur.

Les peuples d'antan jeûnaient suivant les commandements transmis par leurs prophètes dans leurs localités respectives. La marque du jeûne du Ramadan est qu'il est une pratique du dernier Prophète, inscrite comme une prescription globale dans le dernier des Livres, le Coran qui est une guidance destinée au monde entier. Cela ne signifie nullement, toutefois, que l'islam est une religion nouvelle. Au fait, le message du dernier Prophète renoue, de la manière la plus ferme, avec la tradition d'Abraham.

1. Abraham

Il y a quatre millénaires, un jeune homme nommé Abraham brave son peuple en rejetant la religion de ses ancêtres. Il refuse le culte des créatures pour se donner exclusivement à l'adoration du Créateur. Il porte le message qu'il n'est de dieu que Dieu. Au roi tyrannique qui se proclame dieu et capable de donner la vie et la mort, Abraham lance un défi. Qu'il fasse, donc, lever le soleil de l'Ouest au lieu de l'Est, contrairement à l'ordre établi par le Créateur. Abraham sera jeté dans le feu par son peuple, mais Dieu le sauvera. Il quittera sa terre natale pour un long périple jalonné de maintes épreuves et finira ses jours à Hébron.

Connu aujourd'hui comme Al Khalil, ce village palestinien abrite les tombeaux d'Abraham, de son épouse Sara, de son fils Isaac et de son petit-fils Jacob. Dieu prendra Abraham comme Ami Intime , Al Khalil, et de sa descendance viendront des prophètes. Non seulement parmi la progéniture de Jacob, dit Israël, mais aussi parmi celle d'Ismaël, son ainé né de son union avec Agar. Cette esclave égyptienne deviendra son épouse et s'installera à la Mecque avec son enfant. De cette lignée naîtra le dernier Prophète, Muhammad, envoyé non seulement pour les Arabes de son temps, mais comme une miséricorde pour tout l'univers jusqu'au Jour Dernier.

Abraham est cité en pas moins de 35 occasions dans le Coran, y compris une quinzaine de fois dans la plus longue sourate où l'essentiel du comment-être musulman est décrit. Il est le modèle du croyant qui n'associe rien à l'Unique, profondément sincère dans sa foi, un exemple vivant de douceur, de compassion et d'amour. Il aime et est aimé de Dieu, donc éprouvé comme seulement les envoyés choisis par Dieu peuvent l'être. A un âge très avancé, il devient le père d'Ismaël, mais l'Unique lui demandera, peu après, le sacrifice son seul enfant. Ce dernier participera à l'épreuve avec patience et soumission. Mais Dieu le sauvera, acceptera le sacrifice d'Abraham et fera de cette histoire une référence éternelle.

Abraham et Ismael construiront la Kaaba, mosquée, sanctuaire et haut-lieu de pèlerinage consacré au monothéisme pur et absolu. Mais au fil des siècles, les hommes joindront le culte d'autres choses à l'adoration de l'Unique. L'apparence, le pouvoir et la richesse finiront par corrompre la foi en Dieu, tout comme elle sera putréfiée par des superstitions, coutumes et traditions de toutes sortes. C'est dans ce contexte, qu'apparait le dernier des Prophètes, descendant direct d'Abraham et d'Ismael. Il parachèvera le processus de révélation aux hommes et transmettra au monde une religion, une éthique et un mode de vie fondé sur l'unicité transcendantale de Dieu. Il ne manquera pas une seule occasion de rappeler son lien avec Abraham, reprenant jusqu'aux principes de l'hygiène corporelle de ce dernier pour en faire sa pratique et celle de sa communauté.

2. Moïse

Un jour, un juif de Médine affirma "Je jure par Celui qui a préféré Moïse à tous les être humains...". Un musulman le gifla et l'affaire fut rapportée au Prophète. Celui-ci remarqua " Ne me choisissez pas de préférence d'entre tous les Prophètes. Tous les gens seront foudroyés au Jour de la Résurrection. Alors je serai le premier à reprendre connaissance en me trouvant avec Moïse... Je ne saurai pas s'il se sera réveillé avant moi ou s'il aura été épargné par le foudroiement du Mont".

Référence est faite ici au Mont Sinaï où Moïse reçut aussi de Dieu les Commandements. Il venait, alors, d'y passer trente jours de jeûnes, auxquels devaient s'ajouter dix jours additionnels. La prescription du jeûne et la Révélation se trouvaient, ainsi, déjà intimement liées.

Qu'est-ce donc le mois du Ramadan sinon qu'une commémoration de la révélation coranique ? Les musulmans y jeûnent pendant le jour car le Coran y fut révélé. Et pendant le nuit, ils se consacrent, autant qu'ils le peuvent, à sa lecture, sa récitation et sa méditation. Pour revisiter, souvent, la vie du même Moïse, les enseignements de son histoire. Son exemple est cité des dizaines de fois, à chaque fois d'une perspective nouvelle, apportant une lumière différente. Au point où le nom de Moïse apparait plus de fois dans le Coran que celui de n'importe quelle autre personne, y compris le Prophète. Celui-ci est ordonné, entre autres, de transmettre les ordres suivants, qui ne peuvent ne pas nous rappeler les Commandements de Moïse :

"... ne Lui (Dieu) associez rien ; et soyez bienfaisant envers vos père et mère. Ne tuez pas vos enfants pour cause de pauvreté. Nous vous nourrissons tout comme eux. N'approchez pas des turpitudes ouvertement, ou en cachette. Ne tuez qu'en toute justice la vie que Dieu a fait sacrée...Et ne vous approchez pas des biens de l'orphelin que la plus belle manière, jusqu'à ce qu'il ait atteint sa majorité. Et donnez le juste mesure et le bon poids, en toute justice. Nous n'imposons à une âme que selon sa capacité. Et quand vous parlez, soyez équitables même s'il s'agit d'un proche parent. Et remplissez votre engagement envers Dieu..." ( Le Coran 6 :151-152)

Le Coran confirme la Torah qu'avait reçue Moïse et appelle l'humanité entière à adhérer aux à ses principes universels. Au fait, dès la première parole adressée par Dieu à Moïse, nous voyons que le message est le même :

"...Certes, c'est Moi Dieu : point de divinité que Moi. Adore-Moi donc et accomplis la prière pour te souvenir de Moi. L'Heure va certes arriver. Je la cache à peine, pour que chaque âme soit rétribuée selon ses efforts. Que celui qui n'y croit pas et qui suit sa propre passion ne t'en détourne pas. Sinon tu périras..." (Le Coran 20 : 14-16)

Moïse libéra les Enfants d'Israël de la domination de Pharaon et de ses suiveurs. Ces derniers adoraient Pharaon comme un dieu, mais Moïse le confronta avec des signes, ayatein, venant du Créateur. C'est d'ailleurs par le même terme, ayatein, que sont désignés les versets du Coran. Le dernier Livre est ainsi une libération destinée à l'humanité entière jusqu'au Jour Dernier. Le Coran est un discernement, une lumière, un guide. Les principes des écritures anciennes, y compris la Torah, y sont libellés de manière à s'appliquer quel que soit l'époque ou l'endroit, pour l'éternité.

3. David

Parmi les écritures saintes que mentionne le Coran, il y a les Psaumes de David. D'ailleurs, il est rapporté par le dernier des Prophètes que "La meilleure des prières pour Dieu est celle de David, et le meilleur jeûne pour Dieu est celui de David". Celui-ci dormait pendant la moitié de la nuit, priait pendant un tiers et redormait le reste de le même nuit. Il jeûnait un jour, ne jeûnait pas le jour suivant, et ainsi de suite.

Selon certaines traditions, les Psaumes, comme les autres livres sacrés, furent révélés pendant le mois lunaire qui correspond au Ramadan. Le musulman est appelé à croire en ce que Dieu a révélé aux envoyés qui ont précédé le dernier parmi eux. Ainsi, l'histoire de David est retenue comme une leçon fondamentale de la supériorité du bien sur le mal, même si les forces de ce dernier offrent une apparence d'invincibilité. David est un modèle de sagesse, mais aussi d'humilité, car il est dit que même roi et prophète, il aimait travailler pour gagner son pain. Sa piété était tout aussi exemplaire comme le prouve de nombreuses références coraniques.

Les musulmans portent foi dans les Psaumes originels que reçut David, comme dans tout autre Livre authentique dans sa forme initialement révélée. Mais ils rejettent les narrations ultérieures, bibliques ou autres, qui ne font pas honneur à un prophète de Dieu. Les égarements imputés à David, comme à d'autres prophètes, ne sont pas confirmés par le Coran. Au contraire, à maintes reprises, la dernière Révélation, comme les paroles du Prophète, ne parlent qu'en des termes élogieux de tous ceux que Dieu a choisis.

Le Coran s'adresse aussi explicitement aux Gens du Livre, les Enfants d'Israël. Il s'agit, entre autres, des juifs et des chrétiens avec qui les musulmans doivent coexister. Parmi eux, il y en a qui cherchent et défendent la droiture, récitent les Paroles de Dieu, prient, ordonnent le bien, interdisent le mal et croient en l'Unique. Ils sont appelés à répondre au rappel du dernier Prophète à ne donner aucun associé à Dieu, à croire en ce qui leur a été révélé auparavant comme en ce qui a été révélé dans le Coran.

Le Coran les exhorte à ne pas suivre l'exemple des Enfants d'Israël qui avaient rebellé contre les envoyés de Dieu, jusqu'à tuer certains parmi eux. Ils avaient rejeté les signes de Dieu, bafoué Ses Commandements et transgressé toutes les limites. Qu'ils reviennent donc à la religion d'Adam, de Noé, d'Abraham, d'Ismaël, d'Isaac, de Moïse, d'Aaron, de David, celle de tous les prophètes. Y compris l'avant-dernier parmi eux, Jésus, fils de Marie...

4. Jésus

Au moment où les musulmans se rapprochent, encore et encore, du Coran pendant ce mois du Ramadan, il y a un fait qu'ils ne peuvent nier. L'histoire des prophètes leur appartient aussi. Elle participe dans la définition de leur identité. Nul n'est musulman s'il ne croit pas en tous les envoyés de Dieu, y compris le dernier parmi les Enfants d'Israël, Jésus, fils de Marie.

Le Coran confirme la naissance de Jésus sans avoir eu de père. Il est comparé, en ce sens, à Adam car Dieu crée ce qu'Il veut. Marie, la seule femme mentionnée par son nom dans le Coran, est un exemple de vertu. Le Coran dénonce ceux qui la calomnient, et fait référence à sa pureté et sa piété.

Pas moins de 83 versets, au début de la sourate connue comme "La Famille d'Imran", évoquent, entre autres, la relation entre l'islam et les Nazaréens, ceux que nous appelons aujourd'hui des "Chrétiens". Ils furent révélés suite à la visite à Médine d'une délégation de ces derniers venant de Najran. Ils furent reçus dignement et accomplirent même leurs prières dans la Mosquée. Ils voulurent savoir davantage sur le message de l'islam, et ce que le Coran affirmait sur Jésus. C'est ainsi que Dieu ordonna au Prophète de leur dire :

"...Venez donc à une parole commune entre vous et nous, de n'adorer que Dieu seul, de ne rien Lui associer, et de ne pas nous prendre les uns les autres pour des seigneurs en dehors de Dieu..." ( Le Coran 3:64)

Au-delà de l'affirmation de l'unicité absolue de Dieu, reconnaissant ainsi l'essence du message des envoyés précédents, le Coran désapprouve les clergés et autres institutions qui s'érigent en "seigneurs" entre Dieu et les hommes. A partir de la Révélation, le Prophète transmettra à la délégation de Najran tout le rejet par l'islam du dogme de la Trinité. Presque vingt ans plus tôt, aux polythéistes de la Mecque qui croyaient que les anges étaient les filles de Dieu, la Révélation répondait :

"Il est Dieu, Unique. Dieu, Le Seul à être imploré. Il n'a pas engendré et n'a pas été engendré. Et nul n'est égal à Lui, Incomparable" ( Le Coran 112 : 1-4)

L'islam reconnait en Jésus un envoyé de Dieu qui fut accusé, comme sa mère, des pires calomnies. Il accomplissait des miracles par la permission divine, comme c'était le cas des autres prophètes. A travers l'Evangile qu'il reçut, et son exemple d'amour et de bonté, iI rappelait les Enfants d'Israël à l'adoration sincère de Dieu au-delà de tout formalisme religieux.

Ses ennemis décidèrent de le tuer, comme le fut son contemporain et cousin, le prophète Jean. Le Coran nous révèle, toutefois, que ce fut un faux-semblant qu'ils crucifièrent à mort. Dieu sauva Jésus en l'élevant au ciel et il retournera sur terre avant la fin des temps.

Comme Abraham et d'autres messagers auparavant, Jésus évoqua également la venue, après lui, du dernier Prophète. Ainsi, lorsque Jésus reviendra sur terre, il fera partie de la communauté de celui-ci. Il confrontera ceux qui lui ont pris pour Dieu, ou fils de Dieu. Tout comme il affrontera l'Antéchrist qui apparaitra à la même époque.

Pour revenir aux Nazaréens qui visitèrent le Prophète, il faut souligner qu'ils ne furent jamais obligés à se convertir. Au fait, la délégation repartit libre, avec un émissaire musulman qu'elle avait sollicité pour venir vivre à Najran et juger certaines de leurs affaires. Le Prophète désigna pour cette mission personne d'autre qu'Abu Ubaydah, son fidèle compagnon et homme de confiance.

Ainsi se fondaient, dès la première heure, une proximité et un lien respectueux, même affectif, entre les musulmans et les chrétiens. Des années après, c'est avec humilité qu'Omar, le deuxième calife de l'islam, reçut les clés de la ville sainte du Patriarche de Jérusalem. Il refusa de prier dans les lieux saints des Enfants d'Israël de peur qu'un jour les musulmans en font des mosquées. C'est ainsi que fut construite la mosquée qui portera son nom, identifiable par son dôme doré sur la grande esplanade. Ce respect des lieux saints ne concernait pas seulement les chrétiens car, de ses propres mains, Omar nettoya le rocher vers lequel les juifs se tournaient pour leurs prières, leur qibla. D'ailleurs, ne fut-il pas aussi celui des musulmans pendant une douzaine d' années avant que Dieu ne leur ordonna de prendre la Kaaba comme qibla ?

Conclusion

Le retour vers la Kaaba est comme un retour à la foi pure d'Abraham, l'adoration de Dieu sans lui donner aucun associé.

Ainsi s'achève la lignée des prophètes avec Muhammad, le descendant d'Ismaël, le fils aîné d'Abraham. En parfaite reconnaissance de tous les envoyés parmi les enfants d'Israël, fils de Isaac, lui-même frère d'Ismaël.

Le Coran est la Parole de Dieu, inchangée, préservée comme elle avait été révélée. Et avec l'exemple prophétique, nous avons une guidance jusqu'au Jour Dernier, en fidélité aux enseignements des Livres précédents comme la Torah, les Psaumes et l'Evangile dans leurs formes originelles.

L'islam est non seulement la religion de tous les envoyés de Dieu, mais il s'inspire de l'histoire de ces derniers afin d'avertir l'humanité. Les musulmans doivent se garder de s'égarer en suivant les transgressions de certains parmi les Enfants d'Israël.

Tantôt ils désobéissaient à Dieu et à leurs prophètes, tantôt ils transgressaient en allant à des extrêmes. Ils interdisaient ce qui était licite ou permettaient ce qui était interdit. Ils tuaient les envoyés ou ils les adoraient comme seulement Dieu peut être adoré. Ils avaient pris leurs semblables pour des intermédiaires entre Dieu et eux-mêmes.

Paix soit sur tous les prophètes que Dieu a envoyés pour nous guider des ténèbres vers la lumière.

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