Ashoura: Jour de libération

par Khalil Elahee

Lorsque le Prophète (saw) arriva à Médine, il vit les juifs jeûner le 10ème jour du mois de Muharram. Quand il leur en demanda la raison, ces derniers lui répondirent, qu’en ce jour, Dieu sauva Moïse et son peuple du Pharaon. Alors, le Prophète (saw) ordonna aux musulmans de jeûner, ajoutant qu’ils sont plus proches de Moïse.

Le même jour, des siècles plus tard, le petit-fils du Prophète (saw) tomba en martyr à Karbala. Les musulmans, sunnites comme chiites, n’oublieront jamais le sacrifice de ce dernier au nom de la liberté. Comme Moïse auparavant, l’imam Hussein refusa de se soumettre face à la tyrannie des hommes.

Se souvenir de l’épisode de Karbala, c’est souligner surtout le sens de l’engagement de l’imam Hussein. Il s’agit d’une résistance totale à un oppresseur qui cherche à s’approprier de l’islam pour en faire un outil de manipulation totalitaire. En revenant à l’origine même du jeûne de l’Ashoura, nous retrouvons le fait qu’il s’agit, d’abord, de commémorer une libération qui transcende les âges. Marquer cet évènement par un jeûne, pour Dieu, y ajoute une dimension spirituelle. Pour souligner la spécificité bien musulmane de cette pratique, et se distinguer des juifs dans l’exercice du culte, le Prophète devait proposer aux musulmans de jeûner deux jours au lieu d’un seul à l’occasion de l’Ashoura.

Se priver de nourriture et maîtriser ses désirs est une libération de l’esclavage du mondain. Le monde est soumis à la dictature de la société de consommation. Refuser en toute conscience de manger, boire, penser, parler, agir ou faire comme nous incitent nos pulsions, ou pire les désirs de ceux qui nous dominent, devient un acte de résistance digne et honorable. Jeûner est un rappel de notre âme à notre corps, en toute intelligence, que le choix de consommer, ou non, est une affirmation politique aussi. C’est un choix avec une dimension économique, écologique également.

Nullement un régime alimentaire ou un boycott commercial, ce jeûne de libération à l’occasion de l’Ashoura nous invite à une culture ‘’alter matérialiste’’ fondée sur la conscience et la reconnaissance de Dieu. Il nous appelle à nous libérer de l’esclavage de notre égo et de celui des hommes. Sans exiger de notre être le déni de ses qualités ou de ses défauts, sans nous imposer une apparence de changement drastique contre notre nature, en parfaite empathie avec la réalité de notre vie, le jeûne de l’Ashoura nous offre la voie d’une possible transformation. Celle de notre cœur d’abord, mais puisque jeûner est aussi un acte physique, il s’agit de se libérer aussi finalement par nos paroles et nos actes. Tout au moins, il s’agit de faire un effort sincère dans ce sens car notre devoir est de s’engager. C’est à Dieu que revient le sort de notre effort...

De Moïse à l’imam Hussein en passant par le Prophète (saw) et tous les êtres proches de Dieu, ils ont tous connu l’expérience d’une élévation de la foi par une libération qui s’est accomplie ensemble avec leur communauté respective. Il nous faudra toujours nous rappeler de cela. Même si on jeûne individuellement, l’épreuve, comme la libération, est collective

logo

Century Welfare Association

Let Our Deeds Speak For Us.

Founded January 1969