1434 : Hégire et Ouverture

par Khalil Elahee

Le calendrier islamique commence avec l’hégire, l’émigration du Prophète(saw) de la Mecque à Médine. Omar et les compagnons du Prophète (saw) choisirent cet évènement particulier comme le point de départ, l’an 1, d’une ère nouvelle. Ils avaient considéré d’autres faits marquants de l’histoire naissante de la civilisation musulmane. Mais l’unanimité se fit sur l’hégire comme le tournant du destin. Il serait opportun de nous rappeler la pertinence et les enseignements de ce choix.

D’abord, il s’agit de rappeler que l’hégire n’est nullement une fuite, un enfermement, un repli ou encore un exil forcé. Après la conquête de la Mecque, le Prophète (saw) ne contemplera pas un seul moment l’abandon de Médine pour retourner vivre dans sa ville natale.

Médine, jadis appelée Yathrib, était différente de la Mecque tant par son climat que par ses cultures, tant par son peuplement que par sa mémoire, tant par sa position géostratégique que par son contexte pluri-religieux et tribal. Les musulmans ne coloniseront pas Médine, ni se feront-ils assimilés par sa population d’origine. Ensemble, ils bâtiront une nouvelle société fondée sur le respect de droits mutuels, laissant au second plan leurs multiples différences. Sans jamais renier la riche diversité de leurs identités, les Médinois feront du sens d’équité, de la solidarité humaine et de la responsabilité citoyenne les piliers de la toute nouvelle civilisation musulmane. Il n’y aura pas de conversion sous contrainte. Les Médinois embrasseront le progrès, le développement et l’évolution de leur monde sans aucun complexe, guidés par une lecture intelligente et dynamique des principes de l’islam.

Le défi du changement, l’adaptation à des contextes inédits, le métissage culturel, la science et la modernité ne les effrayaient nullement. Ils étaient loin d’être fébriles à l’idée de s’ouvrir aux autres. Tel un vent qui emporte tout sur son passage, ils allaient à la rencontre des peuples et du temps comme dans une émigration permanente. D’où pouvaient-ils trouver une telle confiance, comme une inébranlable certitude que rien ne les arrêterait ? Comme si leur foi, leurs principes et leur sort ne pourraient être les victimes du destin ? Ils pouvaient se permettre d’être mis au défi par la logique, généreux dans la misère, modestes dans la victoire, dignes dans l’adversité, patients et persévérants face à l’épreuve, véridiques même lorsque c’était contre leurs intérêts apparents. Ils étaient obéissants devant Dieu, humbles devant leurs semblables. Partout ils se comportaient noblement, avec modération et simplicité. Ils étaient tout sauf des rigoristes arrogants. Ils ne se réfugiaient jamais dans un extrémisme ou autre, la voie du juste milieu étant leur salut divin.

Au fil des générations, certains musulmans se laissaient gagner par l’amour du pouvoir, du luxe et des plaisirs mondains. D’autres confondaient l’intensité de leur foi avec leur refus de s’engager avec les autres pour construire un monde plus juste. L’ouverture devenait difficile dans ces circonstances. Ces derniers se renfermaient sur eux-mêmes tandis que les premiers se laissaient allègrement assimilés.

En cette 1434eme année de l’hégire, il nous faut retrouver la force de nos convictions. Il nous faut avoir le courage de penser, de parler et d’agir en ne craignant rien, rien sauf Dieu. Il nous faut renouer avec le pouvoir créateur de la confiance absolue en Dieu, en fidélité avec notre conscience, la source de notre intelligence. Les évènements dans notre entourage intime, autour de nous, ici ou loin là-bas en Syrie, en Palestine ou en Occident, ne doivent pas nous enlever le droit d’espérer. Car même si les hommes ne méritent nullement notre espoir, le message de l’islam est bel et bien qu’il n’y a que Dieu qui est digne de notre confiance absolue. C’est la clé qui libèrera enfin notre capacité d’ouverture, avec intelligence et sérénité. Retrouvons l’essence de l’hégire, son sens, qui est synonyme d’ouverture fondée sur une foi forte.

Ce ne sont pas nos actions ou nos paroles qui changeront les choses. Elles sont indispensables, mais pas autant que ce qui est dans nos cœurs.

 

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