Abu Abdallah
Les chrétiens fêteront bientôt la naissance de Jésus. A cette occasion, il
serait bon de revenir sur l’état des relations islamo-chrétiennes, tant ici à
Maurice qu’ailleurs dans monde. Au bout de quatorze siècles d’histoire
commune, les chemins de ces deux grandes religions monothéistes se croisent encore
une fois à l’heure où les prophètes de malheur parlent d’un clash de
civilisation.

Tout d’abord, rappelons ce que Jésus représente en islam. S’ils ne le
reconnaissent pas comme Dieu ou fils de Dieu, les musulmans ont, par contre,
le devoir de croire en lui comme un messager de Dieu, au même titre que Noé,
Abraham, Moise ou Mohammad, paix soit sur eux. Il n’avait pas de père et sa
naissance était miraculeuse. Le Coran déclare béni le jour de sa venue au
monde, honore sa mère, Marie, qui est l’unique femme mentionnée dans la
révélation et annonce que Jésus n’est pas mort. Il a été élevé auprès de
Dieu et il reviendra avant la fin des temps.

Tout musulman qui ne respecte pas Jésus s’exclue de l’islam. Comme lorsqu’il
rejette l’Évangile originel que Jésus a apporté comme message. Tous les
messagers de Dieu sont appelés des musulmans, des êtres soumis à la paix de
Dieu. Ils avaient essentiellement un seul message: adorer Dieu uniquement.
Ils transmettaient une même éthique qui était de proclamer le bien et
d’interdire le mal, cherchant le plaisir du Créateur et refusant le culte de toute chose
créée.
De Ratisbonne à Istanbul

L’image de Benoît XVI, tourné vers la Mecque, méditant dans la Mosquée Bleue
à Istanbul résume le rapprochement qui existe entre les deux religions.
Quatorze siècles auparavant, le messager de Dieu, Mohammad (saw) avait reçut une
délégation de chrétiens dans la mosquée de Médine et leur avait laissé la
place pour prier à leur manière.
Faut-il pour autant ne rien retenir du discours de Benoît XVI à Ratisbonne ?
Plus que la fragilité des relations entre les deux religions, il faut
comprendre que le dialogue est plus que jamais nécessaire. Il faut pouvoir
se parler et se comprendre sur la question de la nature de Dieu, de la
violence, de l’Histoire, de la rationalité ou encore de la modernité. Comprendre aussi
qu’à l’intérieur de chaque religion, il peut y avoir des divergences, voir
des extrémismes qui ont peu à voir avec l’essentiel.
Toutefois, le dialogue le plus important se situe à un autre niveau. Les
millions de fidèles des deux religions doivent s’ouvrir les uns aux autres,
faire l’effort de mieux comprendre leur propre religion et de comprendre la
religion des autres. Ce dialogue à la base se construira plus facilement
dans l’action concrète.

Dialogue dans l’action

Au nom de ce dialogue franc et agissant, les chrétiens et les musulmans ont
le devoir de s’engager, ensemble, dans la lutte contre le VIH/SIDA en appelant
à la fidélité et à l’abstinence, contre les abus sexuels en se battant contre
la pornographie, contre l’avortement en se faisant l’avocat du mariage et de
la famille, ou encore contre toutes formes de corruption en combattant le
culte de l’argent et du plaisir. Même si les positions de l’islam et de la
chrétienté ne sont nullement identiques sur toutes ces questions, il y a
suffisamment de convergence pour pouvoir en parler d’une seule voix face à
la montée d’une culture de permissivité débridée.
Il faut également, ensemble, refuser tant la laïcisation que la politisation
et la commercialisation des fêtes religieuses. Le combat contre le communalisme
et pour la méritocratie est aussi priorité. La pauvreté, la drogue,
l’alcoolisme, la violence domestique, la criminalité, l’échec scolaire et
tant d’autres fléaux affligent non seulement les musulmans et les chrétiens,
mais également les autres communautés. Tous les êtres de conscience ont le
devoir de s’entraider contre ces maux qui ne connaissent presqu’aucune
barrière de religion.
Conclusion

En se prononçant pour l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, Benoît
XVI reconnaît ainsi que celle-ci n’est pas une entité fondamentalement
chrétienne. Il n’y aura pas de clash de civilisations si des ponts sont construits, en
Occident, en Palestine, ou ici à Maurice, entre les deux grandes religions
monothéistes. C’est un exemple qui doit inspirer un certain George W. Bush.
Son administration interdit toujours au musulman Tariq Ramadan de répondre à
une invitation de l’Université catholique de Notre Dame d’enseigner l’islam aux
États-unis. Entretemps, celui-ci s’est joint à Oxford, et a même été fait
Personnalité Européenne de l’année 2006…