1. Prise-en-charge

Puisqu’il s’agit d’une exception, que l’Etat se charge complètement des cas justifiant une IVG. Puisqu’il s’agit de cas extrêmes où la vie de la mère est en danger, la personne est victime d’un viol ou d’une  inceste, ou encore il s’agit d’une relation sexuelle avec une mineure, il faut que l’Etat-providence assume sa pleine responsabilité. Puisqu’il s’agit surtout de situations où la femme a peu de moyens, l’accès aux soins nécessaires doit être possible, gratuitement, promptement et sans aucune stigmatisation.

Puisqu’il s’agit souvent de cas où une enquête policière et une affaire en justice  sont initiées, le prise-en-charge par l’Etat ne peut que faciliter les procédures, harmoniser les démarches, réduire le temps d’attente et  soulager l’épreuve des victimes. Le processus ne sera ainsi que plus crédible et nous éviterons aussi les abus qui risquent de paraitre lorsque l’IVG est réduite à un business.

2. Panel

Puisqu’il s’agit de considérer l’IVG au cas par cas, l’Etat doit instituer un panel indépendant, compétent et intègre constitué de juristes, de gynécologues-obstétriciens, de psychiatres, de psychologues, de pédiatres  et d’autres spécialistes  qui n’ont aucune relation personnelle avec les cas en question, surtout ne percevant aucun honoraire ou gain des personnes qui font une demande d’IVG. Le panel doit être épaulé par des travailleurs sociaux, des représentants d’associations féminines et même des érudits en religion si les mères concernées le souhaitent. Puisqu’il s’agit de cas exceptionnels, le panel doit agir selon un texte de loi clair et cohérent. A titre d’exemple, uniquement les cas d’handicap qui ne laissent aucune chance de vie à la naissance doivent être considérés.

Le panel doit aussi pouvoir orienter les personnes qui se trouvent face à un dilemme à d’autres solutions que l’IVG,  comme des programmes d’accompagnement social et psychologique ou encore vers des mécanismes de soutien économique lorsque c’est nécessaire. Puisqu’il s’agit beaucoup de cas complexes et difficiles, le panel doit être doté de tous les moyens requis, y compris en équipement de diagnostic de haute technologie, afin que l’IVG, lorsqu’elle est justifiée, se fasse au plus vite  dans le délai de la loi, par exemple avant les 14 semaines comme il a été proposée. Au delà de cette limite, l’avortement ne peut être permis par le panel que lorsqu’il est établi objectivement que la vie de la mère est en danger. Le panel devra aussi veiller à ce que le consentement de la mère soit réel et qu’elle ne soit soumise  à aucune pression. La pauvreté,  le sexe du bébé, ou un handicap qui n’affecte pas la viabilité  ne doit pas être un motif acceptable.

3. Prévention

Puisqu’il s’agit d’une exception, qu’adviendra-t-il aux milliers d’avortements  qui ne résultent pas d’une menace à la vie de la mère, d’un viol, une inceste ou d’autres cas extrêmes ? A entendre certains, on dirait que les abus sexuels sont la cause du problème de l’avortement et que c’est pour défendre la femme qu’il faut s’en prendre au bébé handicapé dans le ventre de  sa mère.

Puisqu’il s’agit de ne pas faire de l’exception une règle, il faudra s’attaquer à la racine du problème. Puisqu’il faudra élaborer des stratégies et des mesures concrètes et ciblées, il faudra recueillir et publier les statistiques exactes de la situation. Puisqu’il apparait qu’un taux élevé des avortements est le fait de femmes mariées, souvent déjà mères de plusieurs enfants, il faut connaitre les vraies causes de leur désarroi. Est-ce qu’il y a une déresponsabilisation paternelle ? Est-ce que le travail est un obstacle à la famille ? Y-a-t-il une solidarité et une sécurité sociales suffisamment fortes pour soutenir les familles nombreuses face à la pauvreté ? Faut-il revoir notre politique de planning familial ? Puisqu’il s’agit aussi beaucoup de grossesses juvéniles, ne faut-il pas immédiatement introduire l’éducation sexuelle à l’école ? Les institutions religieuses, ou même les parents, ne sont-ils pas dépassés face la réalité des jeunes ? Quelles valeurs éduquons-nous à nos enfants à propos de la sexualité, du mariage, de la fidélité, de l’amour, du respect de la femme et de l’enfant,  de la vie et la mort ?

Conclusion

Colonisés  par une certaine vision du développement,  il y a ceux qui pensent que nous vivons un clash de civilisations, de cultures ou de religions. Il y a  certains qui instrumentalisent aussi nos sensibilités à des fins politico-communales. Or  l’avortement, ou même l’infanticide,  a toujours existé en Occident comme au Japon en passant par l’Arabie préislamique.   Et il y a toujours eu des personnes qui ont résisté avec discernement aux traditions, comme d’autres aux modernismes de leurs temps,  au nom de valeurs et de principes intemporels et universels.

 A l’heure où nous élaborons la politique nationale du projet Maurice Ile Durable (MID), il faut se rappeler qu’elle reposera davantage sur une société ‘durable’ que sur des éoliennes ou  des voitures électriques.  Il nous importe de définir d’abord une vision partagée de notre avenir, celui de nos enfants.

Au gré de la volonté ou  du sens de l’opportunisme de certains décideurs, nous serons confrontés à tant de questions qui ont un potentiel de controverse puissant, de l’euthanasie à l’homosexualité en passant par la peine capitale. Notre pluralisme incroyable ne doit pas faire notre fébrilité.  Au-delà de nos différences, nous voulons tous la paix, le bonheur, la prospérité, le sens de la sécurité, la justice et le respect  dans dignité. Personne ne désire l’extermination des éléments les plus vulnérables de notre société  par une reproduction ’’zéro défaut’’ ou une foéticide sélective.  Nous croyons tous dans la famille, pas comme un territoire où domine un patriarche mais comme un espace de protection, de tendresse et d’épanouissement pour tous ses membres. Chaque individu a des droits inaliénables, mais aussi des responsabilités. Notre diversité peut être notre richesse. Une opportunité incroyable, si nous arrivons à créer, ensemble,  notre modernité commune sans nier les fondamentaux  qui font notre humanité profonde.

Certes, il faut amender la loi, mais autrement. Et il faudra surtout agir sur d’autres plans car il ne suffira nullement de  remplacer un texte par un autre.

Puisqu’il s’agit bien là du monde que nous voulons construire ensemble, de la gestation d’une culture mauricienne, de la naissance d’une nation respectueuse de la vie et de la liberté.

Abu Abdallah