La leçon syrienne

Dieu donne le pouvoir à qui Il veut et l’enlève à qui Il veut. Or les hommes se sont toujours battus pour le pouvoir. Lorsque quelqu’un pense avoir raison ou lorsque l’ambition rend aveugle, tous les moyens semblent bons. Les alliances, les trahisons, les complots n’en finissent pas. Le peuple est souvent berné, manipulé, divisé entre groupes et sous-groupes pour servir les intérêts de quelques-uns.


Aujourd’hui, presque rien n’a changé. Sauf si la population refuse de se laisser piéger. Il suffit qu’une masse critique, pas nécessairement tout le monde, pense et agit autrement et les choses changeront, insha Allah. Il faut que se lèvent des gens de bonne volonté et de courage pour résister aux dérives du pouvoir. Il faut donner une voix, une autre voie, à ce qu’on appelle trop banalement « la majorité silencieuse ».

Lorsque des hommes sont prêts à tout pour le pouvoir, il faut que des êtres intègres résistent et affirment leur refus du jeu malsain de ces derniers. Tout ne peut PAS être possible en politique. La population ne peut tout accepter de ce qu’on lui impose. La dignité ne peut être un vain mot et les dirigeants doivent du respect au peuple.

Quand le pouvoir devient la finalité ultime, rien n’est interdit aux yeux de ceux qui luttent pour l’atteindre ou le garder. Les politiciens oublient alors leurs promesses, renient leurs engagements, trahissent leurs mandants. Les écarts de langage et les impairs à la courtoisie ne sont pas loin lorsque la tension monte entre les protagonistes. Le pouvoir aveugle à tel point que certains peuvent vite oublier le sens du comportement civilisé. La violence verbale peut mener à des dérapages plus graves si personne ne rappelle à la raison ceux qui ont le devoir de se mettre au service des autres.

La soif du pouvoir
La situation en Syrie ne fait que s’aggraver chaque jour. On compte déjà plus de 8 500 victimes, essentiellement des civils, y compris des centaines d’enfants ; et plus de 16 000 réfugiés uniquement dans les camps à la frontière turque. L’aide humanitaire est difficilement accessible aux milliers de personnes blessées ou affamées, prises sous les bombardements de nulle autre que l’armée de leur propre pays. Voilà ce à quoi mène la soif du pouvoir ! Et aussi la complicité, silencieuse ou non, de tous ceux qui pendant des décennies ont soutenu un régime autoritaire et sanguinaire. Le fils ne fait que suivre les traces du père qui massacrait à Hama, il y a trente ans, plus de 30 000 innocents sans se soucier aucunement de la communauté internationale.

Que peut-on faire ? Il est dit que lorsque quelque chose de mal se passe, il faut la changer avec ses mains. Si on ne le peut, alors il faut la dénoncer avec sa parole. Sinon, il reste le fait de rejeter ce mal de tout son cœur et ceci est le minimum de la foi. Sinon, notre conscience de Dieu est bien morte. Il faut se remettre à Dieu, L’implorer de venir en aide au peuple martyr de la Syrie. Notre confiance ne peut être qu’en Lui lorsque nous voyons tant d’hypocrisie et tant d’indifférence. Sa Grandeur dépasse notre faiblesse, notre impuissance. Et ce qui nous est impossible est possible pour Lui.

Il ne faut nullement confondre notre confiance en Dieu avec de la passivité. Il nous est nécessaire de parler activement de la situation avec tous ceux qui nous entourent. Gardons notre conscience éveillée. Il ne faut surtout pas banaliser les images atroces de ce qui se passe, que nous voyons défiler devant nos yeux chaque jour. Il ne faut jamais qu’il arrive qu’on s’y habitue. La situation risque de s’embraser si les résistants syriens prennent les armes. Il faut craindre aussi les tentatives de briser l’unité de la nation syrienne. Toute intervention étrangère est aussi exclue à la lumière de la complexité de la situation. Il devient donc extrêmement pénible de prédire la suite des événements, encore plus difficile d’essayer de les influencer. Mais le désespoir ne nous est pas permis. La miséricorde de Dieu est infinie et il faut faire face à l’épreuve avec patience et persévérance. Même si nous ne voyons aucune solution immédiate, il faut s’inspirer de l’Histoire, de ce que notre foi nous enseigne et de ce que nous croyons par rapport à la relativité de la vie et de la mort pour discerner au-delà de ce que nos yeux peuvent percevoir. Le conflit syrien ne peut que nous rendre plus vigilants, ici à Maurice comme ailleurs au monde, face aux dérives de ceux qui sont obnubilés par le pouvoir. Certes, nous sommes très loin de la réalité que vivent les habitants de Hama ou de Homs. Soyons conscients du destin qui nous est offert de vivre ensemble dans un pays aussi paisible que le nôtre. Mais sachons aussi que ce bonheur peut être très fragile. Et il est une vraie cruauté vis-à-vis de ceux qui sont à nos côtés mais se sentent marginalisés, blessés dans leur dignité. Il faut être proactif et veiller à ce que notre pays ne prenne pas le moindre pas dans la mauvaise direction.

Nous ne devons plus les suivre bêtement…
Il n’y a aucune guerre civile à Maurice, mais il règne un climat pesant, un manque de sérénité, un sentiment que les affaires sont en veilleuse en attendant un retour à la normale. Le pire est qu’on ne sait pas combien de temps cela va durer. De temps à autre, nous voyons des réactions sectaires, « communalistes » pour reprendre une expression bien de chez nous, qui dérangent l’harmonie de notre société. Des étincelles se font de plus en plus visibles. Certains politiciens, souvent pressés à intervenir, confondent souvent l’eau et l’essence.

Nous osons affirmer que la quasi-totalité des Mauriciens veulent vivre ensemble, dans le respect mutuel. En paix, dans la justice et en liberté. Donc, il nous faut refuser à ceux qui ont le pouvoir le droit de penser à notre place. Désormais, il faut qu’ils pensent avec nous, comme nous les Mauriciens d’aujourd’hui. Nous ne devons plus les suivre bêtement dans leurs machinations, mais ils doivent nous suivre dans notre besoin de coexistence. Nous ne devons pas les adorer en tant que partis ou personnalités. Refusons le dilemme de choisir entre la peste et le choléra. Exigeons qu’ils soient à la hauteur des valeurs que nous portons, de l’aspiration que nous avons d’une nation unie. Nous devons rejeter toute tentative de leur part d’exploiter nos émotions, nos appartenances, nos différences, nos frayeurs.

Les politiques doivent nous convaincre de leur intégrité, leur compétence et leur capacité de nous servir. Nous devons considérer les idées qu’ils proposent, ne jamais les rejeter ou les accepter sans les analyser objectivement. Une proposition n’est pas bonne ou mauvaise tout simplement parce qu’elle vient de tel parti, telle communauté ou telle personne.

Le sang des innocents en Syrie n’est pas vain. Il y a des leçons à tirer pour nous aussi...

ARTICLE PARU DANS LE MAURICIEN | 28 MARCH, 2012 - 16:00 | PAR ABU ABDALLAH

Khalil Elahee.