Michael Wolfe, journaliste, USA

michael wolfeAprès 25 années comme écrivain aux États-Unis, je cherchais quelque chose qui serait susceptible d’adoucir mon cynisme. Je cherchais une nouvelle manière de voir les choses, une nouvelle perspective. La façon dont on nous a élevés établit certaines normes en cette matière. Venant d’un milieu pluraliste, je mettais instinctivement beaucoup d’emphase sur les questions de racisme et de liberté. Dans ma jeune vingtaine, j’ai vécu trois ans en Afrique. Durant cette période, où j’ai beaucoup appris, j’ai côtoyé des Noirs originaires de différentes tribus, des Arabes, des Berbères et même des Européens convertis à l’islam. En général, ces personnes ne partageaient pas cette obsession occidentale faisant de la race une catégorie sociale déterminante. Lors de nos rencontres, le fait d’avoir une peau de couleur différente importait peu. On m’accueillait d’abord, et on me jugeait ensuite au mérite. Par contre, les Européens et les Américains, y compris beaucoup de ceux qui sont exempts de toute notion raciste, opèrent automatiquement un classement selon la race. Les musulmans classaient les gens selon leur foi et leurs actions. Je trouvais cela transcendant et rafraîchissant. Malcolm X y a vu le salut de sa nation. « L’Amérique doit comprendre l’islam » écrit-il, « parce que c’est l’unique religion qui éradique le problème racial dans sa communauté. »

La culture musulmane mauricienne

"Et puis, au détour d’une visite dans une petite ville à l’instar de Perlis, on rencontre la créativité qui veut marier la tradition, l’esthétique et l’éthique au cœur de l’époque moderne. Une superbe mosquée sur piloris, dite flottante (‘floating mosque’), se dessine dans un extraordinaire paysage maritime. Cinquante pour cent de l’électricité y est pourvue par des éoliennes et, à terme, le projet est de couvrir l’autre moitié au moyen de panneaux solaires. Une mosquée "verte" dans laquelle, en son dôme intérieur, les références scripturaires sont inscrites dans cinq langues nationales pour signifier que l’islam n’est pas la propriété d’une langue ou d’une culture. Cette mosquée est au fond bien plus "moderne" que toutes les tentatives d’américanisation aveugles. Ici, il s’agit de considérer les principes éthiques et les moyens techniques offerts par l’époque et le progrès et de ne jamais oublier les considérations éthiques liées à la diversité et à l’environnement. Il s’agit de donner une âme à la modernité et un souffle à la créativité spirituelle et humaniste. Une mosquée où il fait bon prier : on sent- en son sein - la réconciliation de la foi, de l’intelligence et de l’imagination créatrice. De Perlis, en Malaisie, loin des buildings de la capitale Kuala Lumpur, on est habité par l’intuition que la mosquée flottante est peut- être le symbole de la contribution majeure des musulmans à une époque en quête de sens. Dire sa spécificité en termes universels, respecter le pluralisme et répondre en conscience, et en experts, aux défis de son temps".